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Le fait du prince - Chronique

Chronique "Le fait du prince" est une chronique littéraire mise en ligne par "npai".. Vous aussi, n'hésitez pas à proposer vos chroniques littéraires sur l'une de vos lectures.

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Le fait du prince

 

Quatrième de couverture :

 

Il y a un instant, entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne, où tout homme est un aristocrate.

 

Note :

Devant un tel résumé, c’est-à-dire d’une sobriété des plus dépouillé, offrant toutes les possibilités sous forme d’inconnue, plusieurs cas de figures sont envisageables.

Ceux qui connaissent la malice de l’auteur, et se jettent à l’eau avec un frisson, salivant sur la surprise possible.

Ceux qui connaissent l’auteur mais n’en sont pas moins désappointés, que faire ? (Se jeter à l’eau, ou au moins lire la chronique ^^).

Ceux qui resteront dubitatifs ne connaissant pas l’auteur, et n’éprouvant aucun frisson de curiosité mais plutôt une grande perplexité devant la présentation sommaire. Qui penseront un conte, ou pire par la couverture un roman pour Dark ado , un espèce de Saint-Exupéry revisité et customisé halloween, mais il n’en est rien !

Pour ma part je me suis jetée à l’eau, et j’ai retrouvé avec plaisir le brin de folie teintée d’humour –parfois acide- qui m’a souvent séduite chez cette auteur.

 

Résumé :

 

Baptiste Bordave mène, à l’image de beaucoup du commun des mortels, une existence morne et sans grande surprise. Se rendant chez des hôtes pour un dîner, il reste marqué par un échange des plus singuliers avec un des convives présent et inconnu. Celui-ci en effet, lui confesse ne jamais recevoir, par peur qu’un convive décède en sa demeure, et préconise si le cas se présente de ne jamais appeler les secours, mais de conduire le cadavre à l’hôpital prétextant un décès sur la route. Le lendemain Olaf Sildur, parfait inconnu a l’idée saugrenue de mourir dans l’appartement de Baptiste Bordave, revient alors la conversation de la veille, et l’idée folle d’usurper l’identité du défunt, de changer de vie. Complot, coïncidence, opportunité ?  Et si Olaf Sildur était marié, comment se faire accepter en tant que nouvel Olaf par sa femme ?  …

 

Mon avis :

 

Le livre est à l’image de ce breuvage que les pages louangent une bonne partie du récit, pétillant d’originalité, enivrant, tout à fait inconcevable et pourtant on se laisse griser, tout comme on savourait une coupe de champagne (frappée !) . Tout aussi frais et surprenant, on rentre dans une forme d’originalité déjantée, ou l’on aurait mis la bonne morale au placard, pour se laisser porter par l’ivresse. Le départ est tout aussi inattendu que l’arrivée, distillant des ingrédients qui en font un cocktail aussi original qu’agréable, et la magie opère… Bref, un bon moment de distraction qui laisse trace d’un sourire amusé.

 

Extrait :

 

« Je me rappelai que le salon était visible depuis la rue. Sigrid déménagea le seau dans la cuisine.

_ A quelle heure commençons-nous ? demanda-t-elle.

_ A onze heures du matin. C’est le défaut du champagne : il n’est pas bon au saut du lit.

_ Vous avez déjà essayé ?

_ Oui comme le vin et le whisky, la vodka et la bière : ça ne passe pas.

_ De la bière le matin ? Pourquoi avez- vous tenté une chose si affreuse ?

_ Vous avez raison, c’est la pire. C’était par admiration pour Bukowski qui se réveillait encore profondément imbibé et qui buvait aussitôt une bière. J’ai vite renoncé à l’imiter. Lui, c’était un héros.

_ Un alcoolique, vous voulez dire.

_ Le héros de l’alcoolisme. Il buvait avec une sorte de vaillance. Il avalait des doses incroyables d’alcool de qualité infecte, et puis il écrivait des pages magnifiques.

_ Voulez-vous écrire, vous aussi ?

_ Non. Je veux être avec vous.

_ Vous voulez voir ou l’alcoolisme nous conduira ?

_ On ne peut pas être alcoolique en ne buvant que du champagne.

Elle me considéra avec scepticisme.

Des onze heures, elle déboucha le veuve-Clicquot. Les premières gorgées me paralysèrent de plaisir. Il fallait se taire et fermer les yeux : que l’être entier devienne la caisse de résonnance de cette jouissance.

_Vous avez une grande vertu, Sigrid : Vous savez boire. Ce n’est pas si fréquent chez les femmes.

_ C’est à croire que vous ne les connaissez pas. Etes-vous marié, Olaf ?

_ Non. C’est la première fois que vous me posez une question indiscrète.

Elle se tut, comme prise en faute. Je reremplis les flûtes pour dissiper le malaise.

Il y a un instant, entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne, où tout homme est un aristocrate. Ce moment échappe au genre humain pour un motif médiocre : les êtres sont si pressés d’atteindre le comble de l’ivresse qu’ils noient ce stade fragile où il leur est donné de mériter la noblesse. »

 

 

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Point(s)

+9

Auteur

Blog

npai

12-07-2012

Auteur public

Amélie Nothomb

Couverture

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Le fait du prince n'appartient à aucun recueil

 

Chronique terminée ! Merci à npai.

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