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Le beau rêve de Zermana... - Conte, Légende ou Autre

Conte, Légende ou Autre "Le beau rêve de Zermana..." est une histoire du Domaine Public mis en ligne par "Fatima"..

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Le beau rêve de Zarmana…

 

     Voici un autre conte que l’on raconte  chez moi.  J’ai essayé de vous le retranscrire. Bonne lecture ! 

« Kan ya ma kan, kan fi kadimi azaman «. L’on raconte d’après ce que l’on raconte, on raconte qu’il y avait un âne qui vit sous la merci des hommes, donc voué, à leur transporter, toute sorte de provisions, de victuailles, y compris  la nourriture des fellahs.

C’était l’été, il faisait une chaleur, aie, aie, combien torride ! Il faisait une chaleur à éclore des œufs. C’était le temps des moissons. Et vous n'êtes pas à ignorer, chers lecteurs,   que les ânes ont cette aptitude à s’habituer, à apprendre, par coeur,  le trajet qu’ils  parcourent.

Chaque jour, l’âne attendait patiemment que les femmes préparent  ce qu’il leur  était alloué à préparer et le mirent sur le dos de l’équidé. Il devait transporter le petit déjeuner, et seul, aux fellahs. Ces derniers, étaient déjà partis, à l’aube même, pour coopérer, s’entraider, moissonner le blé avant  que les tiges ne commencent à casser sous l’effet de la chaleur infernale. L’âne empruntait, alors le chemin de la forêt.

Un loup, que la faim de loup, en ces jours caniculaires, attirait  aperçut le bourricot. Chaque jour, de sa cachette, il le lorgnait et se morfondait : il fallait qu’il goutte de ce que ces humains ingurgitent, de ce que l’âne leur transportait. L’odeur alléchante du lait baratté, dans une peau de chèvre, ainsi que cette dernière mettait les papilles gustatives du loup en exaltation. Il fallait en gouter. Coute que coute, il fallait en gouter.

Que faire ? Comment procéder, pour y parvenir ?

Il eut une idée, une ruse, et une ruse satanique.

Le troisième jour, le croqueur malicieux,  se pointa sur le chemin où il avait l’habitude de croiser l’âne, et se dévoila cette fois-ci : le loup marchait péniblement. Il marchait en geignant, en gémissant. Il avait un bandage sur l’une de ses pattes.

L’âne qui a eut pitié de la pauvre bête, s’enquit de son état, et lui demanda :

-          Pauvre loup, qu’est ce que tu as à claudiquer ainsi ?

-         Oh, monsieur l’âne, j’ai la patte enflée. J’ai, que Dieu t’en protège, un abcès qui me donne des douleurs atroces. répondit l'agile comédien, d’une voix à peine audible, d’une voix quasiment mesquine.

-          Si tu veux et pour te faciliter un peu la corvée du trajet, fit celui qui est habitué aux sacrifices, si ta tanière se trouve sur mon chemin, je peux t'y transporter sur mon dos !

Il bondit alors, sur la proposition de l'âne. N'était-ce pas ce à quoi il aspirait ?

-         Bien sûr que je veux, gentil équidé, fit la bête au flanc affamé. Qui a dit que les ânes sont insensibles ? continua-t-il content de l’offre proposée  par notre baudet.

L’âne s’approcha d’un rocher pour permettre à la bête féroce de prendre son dos pour monture.

-         Aie, aie ! continua à gémir le loup une fois sur le dos de l’équidé.

Là, le loup n’arriva pas à croire ses yeux : lui et l’outre pleine du lait baratté, avec des graines  d’orge cuite à la vapeur !

Il éventra la gourde de ses griffes, en sirota le liquide.

Dieu qu’il est frais ce lait baratté !

Dieu qu’il est délicieux, ce « laban » ! ( mot en arabe classique qui veut dire le lait baratté)

Il but, il but le breuvage, silencieusement. Quand, il ne resta rien, absolument rien dans la peau de la chèvre. Il la déposa doucement, tout doucement sur le dos de l’âne.

Une goutte de petit lait, puis une deuxième dégringolèrent de l’outre, s’échouèrent au sol où ils finirent mélangées avec la poussière.

 L’âne les avait aperçues.

-         Qu’est-ce que c’est ? cria l’âne, tout furieux en pensant à l’outre censée pleine de lait. Fidélité à ses maitres, les fellahs, l'exigent !

-         Oh, gentil baudet, il parait que mon abcès vire à la guérison. Se sont les gouttes de l’abcès qui a éclaté. le rassura le loup, toujours d’une voix mesquine.

-         Ah, bon ! répliqua l’âne, il m’a semblé que c’est du lait. Continua-t-il crédulement.

-         Moi, te trahir et  boire le  lait ? Saches que tu es devenu mon ami parce que mon bienfaiteur.

L’âne reprit son chemin, derechef. Quand, le loup partit soudainement :

-         Tu peux me déposer, s’il te plait, c’est juste ici ma tanière. Il lui désigna, sans mensonge cette fois-ci, un arbre qui était tout près d’eux.

Le baudet obéit.

-         Je n’oublierai jamais ton geste. fit le loup d’un air malicieux….

Le baudet arriva enfin aux champs des moissons. Il trouva les fellahs à l’ouvrage. Les hommes abandonnèrent leurs faucilles, se dirigèrent tout joyeux vers le baudet. A leur surprise, à leur grande surprise, ils trouvèrent la gourde vide de son contenu. Ils se mirent en colère, levèrent leurs bâtons pour le frapper.

-         Attendez, attendez ! Ne me frappez pas s’il vous plait, je vais vous emmener le responsable.

-         Va-y, et maintenant si tu veux esquiver nos coups

-         Accordez-moi seulement cette nuit,  je vous promets d’être en sa compagnie. Demain de bonne heure, on se retrouve ici. fit d’un ton suppliant, le pauvre âne.

-         Nous allons-voir, répliqua l’un des fellahs. » Demain,  n’est pas si loin ! »

A la nuit tombante, quand il faisait noir, si noir comme dans la gueule du croqueur malicieux, le baudet trotta seul, seul cette fois, sans provisions, sans compagnie. Il trotta comme l’individu d’entre nous, qu’il le veuille ou non, marche vers sa destinée, et quelle destinée ? Il trotta vers la tanière du loup.

Une fois arrivé, l’animal aux longues oreilles, s’étendit,  s’allongea comme un mort, comme un mort sur une civière.

 Il attendait l’arrivée du maudit loup. Il attendait, il attendait encore et encore.

Quand ce fut Zermana qui survint. Qui cherchait une place où uriner. Zermana ?  Qui est Zermana ? Je ne vous en ai  pas parlé jusqu’à présent de ce personnage.
 Patientez, chers auditeurs,  accrochez-vous bien, vous allez savoir qui était Zermana.

 Zermana, c’est la dame loup, c’est la louve, qui n’était pas au courant de ce que monsieur son mari avait comploté contre le pauvre âne. Bien entendu, le loup n’avait pas pipé mot de son histoire avec le baudet.

Un âne mort ? Un âne allongé par terre ? Un âne gisant non loin de sa demeure ? Zermana s’approcha, se frotta les yeux pour s’assurer que c’était bel et bien la réalité. Contente, très contente de la découverte, sa découverte, son exploit, son exploit à elle. N’allait-il pas la faire grimper dans l’estime de son mari, son loup, cet exploit ?

Il alla réveiller son loup. Lui, raconter fidèlement ce qu’il a vu ? Non, non et non ! Il fallait une autre version.

-         Réveilles-toi, je viens de faire un rêve, un très beau rêve, cette fois-ci.

-         Arrêtes de me parler de tes rêves, j’en ai assez. Le loup se retourna pour s’endormir…


-         Je te dis que cette fois c’est un beau rêve mentit-t- elle. Je viens de voir  qu’on a trouvé du gibier et quel gibier ! s’exclama-t-elle.

 

-         Trouver du gibier ?  C’est la faim qui te fait halluciner, dame ! partit le loup d’un rire moqueur.

-         Sortons pour voir, on a rien à perdre,  je sais que tu ne me crois pas, lança-t- elle en feignant un air fâché.

Le loup consentit.

-         Grand Dieu !  s’exclama-t-il en voyant l’ âne, mais tu as tout à fait raison. Un âne mort. Quelle joie ! Quel régal, c’est un festin inespéré ! S’égaya-t-il


-         Tu vois ? Ne t-ai-je pas dit que j’ai fait un beau rêve ?

-         Oui, oui Zermana, mon amour. Tu accoures, vers la tanière, tu m’apportes  une corde, pour qu’on traine la dépouille vers l’intérieur.

Si tôt dit, sitôt fait. Le loup leva la jambe de l’âne, ce dernier la laissa tomber facilement. Et le loup entrain d’expliquer à Zermana ce qu’elle avait à faire, ensuite :


-         Aides- moi à bien attacher la corde à ma patte postérieure et à la queue de la bête jusqu’à ce que  les nœuds de la corde tiennent. Par ce moyen, je parviendrai à le trainer jusqu’à nôtre tanière. recommanda-t-il à Zermana.


Le croqueur tira sur la corde, la queue de l’équidé était bien attachée à sa patte.

 

Quand, et contre toute attente, l’âne se redressa prestement, se mit à galoper, à courir, à donner des ruades, on eut dit une meute de loups à sa poursuite…


Zermana resta bouche-bée, terrifiée. Zermana, transportée hors d’elle-même regarda, comme paralysée,  le spectacle qui s’étalait sous ses yeux.

 

Jusqu’à ce qu’il ne restait que le dense nuage de  la poussière qu’ils soulevaient derrière eux.

L’âne continua à galoper, trainant le loup par les sentiers rocailleux, épineux. Et le loup à hurler, à hurler. Ses hurlements, des hurlements qui attirèrent les larmes aux pierres,  se confondirent avec les quelques nuées séches qui zébraient  l’atmosphère. Arrivé aux champs,  l’équidé fit halte.

Les fellahs s’acharnèrent sur l’escroc, sur le criminel, parce que aussi dévoreur de leurs cheptels.

-         Nous n’allons pas te tuer, nous allons t’apprendre une leçon inoubliable. Lui annoncèrent-ils d’une seule voix

Ils le dépiautèrent, et le lâchèrent.

Le loup écorché, sans fourrure, tout ruisselant de sang,  devint  méconnaissable , rebroussa chemin… et Zermana, assise devant l’arbre, les mains sur les joues, avait perdu espoir en  le retour de son mari. Elle lorgna une créature. Une créature qui la tira de sa torpeur, de ses réminescences.  Curieuse de savoir qui ça pouvait être,  elle le hella :

-         Oh, celui qui est vêtu au caftan rouge, qui es-tu ?

-         C’est moi, oh, Zermana !  gémit le pauvre, c’est moi, la victime de ton beau rêve !

 Mon conte est parti avec l’eau de la rivière et je suis restée avec les gens du bien.  

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Auteur

Blog

Fatima

06-09-2013

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Le beau rêve de Zermana... n'appartient à aucun recueil

 

Conte, Légende ou Autre terminé ! Merci à Fatima.

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