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La tentation - Histoire Courte

Histoire Courte "La tentation" est une histoire courte mise en ligne par "Alex Legrand"..

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Une improbable discussion entre Gustave Flaubert et Théophile Gautier à propos de "La tentation de St Antoine" (roman de Flaubert)


En italique "extraits de la "tentation de St Antoine"

LA  TENTATION

Merci, beau Simorg-Anka ! Toi qui m'as appris où se cachait l'amoureux !

Il vole comme le désir. Il fait le tour du monde dans sa journée. Le soir, il revient ; il se pose au pied de ma couche ; il me raconte ce qu'il a vu, les mers qui ont passé sous lui avec les poissons et les navires, les grands déserts vides qu'il a contemplés du haut des cieux, et toutes les moissons qui se courbaient dans la campagne, et les plantes qui poussaient sur le mur des villes abandonnées.

Oh ! Si tu voulais, si tu voulais ! ... J'ai un pavillon sur un promontoire au milieu d'un isthme, entre deux océans. Il est lambrissé de plaques de verre, parqueté d'écailles de tortue, et s'ouvre aux quatre vents du ciel. D'en haut, je vois revenir mes flottes et les peuples qui montent la colline avec des fardeaux sur l'épaule. Nous dormirions sur des duvets plus mous que des nuées, nous boirions des boissons froides dans des écorces de fruits, et nous regarderions le soleil à travers des émeraudes ! Viens ! ...

 Elle se rapproche, et d'un ton irrité :

Comment ? Ni riche, ni coquette, ni amoureuse ? Ce n'est pas tout cela qu'il te faut, hein ? Mais lascive, grasse, avec une voix rauque, la chevelure couleur de feu et des chairs rebondissantes. Préfères-tu un corps froid comme la peau des serpents, ou bien de grands yeux noirs, plus sombres que les cavernes mystiques ? Regarde-les, mes yeux !

Toutes celles que tu as rencontrées, depuis la fille des carrefours chantant sous sa lanterne, jusqu'à la patricienne effeuillant des roses du haut de sa litière, toutes les formes entrevues, toutes les imaginations de ton désir, demande-les ! Je ne suis pas une femme, je suis un monde. Mes vêtements n'ont qu'à tomber, et tu découvriras sur ma personne une succession de mystères

Si tu posais ton doigt sur mon épaule, ce serait comme une traînée de feu dans tes veines. La possession de la moindre place de mon corps t'emplira d'une joie plus véhémente que la conquête d'un empire. Avance tes lèvres ! Mes baisers ont le goût d'un fruit qui se fondrait dans ton cœur ! Ah ! Comme tu vas te perdre sous mes cheveux, humer ma poitrine, t'ébahir de mes membres, et brûlé par mes prunelles, entre mes bras, dans un tourbillon...

Tu me dédaignes ! Adieu !

Elle s'éloigne en pleurant, puis se retourne :

Bien sûr ? Une femme si belle !

Elle rit, et le singe qui tient le bas de sa robe la soulève.

Tu te repentiras, bel ermite, tu gémiras ! Tu t'ennuieras ! Mais je m'en moque

* * *


- Alors ! Qu’en penses-tu ? Me demanda Gustave.

Au nombre de verres consommés, je n’étais plus en mesure de faire une quelconque observation sur le sujet.

Je regardai autour de moi. Quelques ivrognes cuvaient leur mauvais vin en ronflant, joues écrasées contre la table, bouches ouvertes dont certaines bavaient un trop plein luisant à la lueur des chandelles dansant au passage de ces serveuses qui en rien ne ressemblaient à cette femme, ce monde ! Que mon ami venait de décrire.

. Nous dormirions sur des duvets plus mous que des nuées, nous boirions des boissons froides dans des écorces de fruits, et nous regarderions le soleil à travers des émeraudes ! Viens ! ...

Dormir ! Oui ! J’étais las. Las d’errer seul dans cette vie, las de rejoindre la même couche toujours défaite, las de me laisser consumer par des nuits sans sommeil, l’alcool et la fatigue. Las de toujours voir les mêmes gens, les mêmes choses et d’entendre   les mêmes paroles. Las de toujours rêver à ces impossibles qui me laissent un goût amer au petit matin.

- Alors ? reprit Gustave, visiblement intéressé par mon éventuel point de vue.

- Je pense que je vais faire un long voyage, ton récit m’en a donné cette curieuse envie que je ne saurais t’expliquer.

 * * *

Je posais pour la première fois mon pied sur un sol étranger qu’il me semblait pourtant connaître tant l’ai-je rêvé.

L’Afrique !

Elle devait être là ! A quelque part…mon obsession ! Il ne me restait plus qu’à attendre que Simorg-Anka me retrouve.

Viendra t-elle vers moi ? Fera t-elle en sorte que je la rejoigne ? Je n’en savais fichtre rien ! Alors pour me consoler ou prendre mon mal en patience, je m’en remettais au destin car sur ces terres, tout est l’affaire du destin me rabâchait sans cesse mon guide mystérieux dont je ne voyais que les yeux tant il était drapé dans son bleu vêtement. Peut-être était-il la sagesse qui guidait mes pas.

Et ce petit singe tantôt le suivant, tantôt s’installant sur son épaule pour me surveiller d’un air de ne pas avoir l’air, que veut-il me dire ou me faire comprendre ?

J’en étais là ! Tournant dans la pénombre des souks cherchant dans les regards, le regard ! En m’enivrant des bruits et parfums des épices sous une chaleur aussi étouffante que mon obsession.

Curieusement le temps auquel je n’attachais aucune importance, prit subitement une très grande importance. Mon guide venait de m’annoncer que nous allions profiter d’une caravane pour visiter le désert du moins rejoindre une certaine oasis pour quelque temps.

De grands yeux noirs me regardaient et j’entendis

Oh ! Si tu voulais, si tu voulais ! ... J'ai un pavillon sur un promontoire au milieu d'un isthme, entre deux océans

Pourquoi m’envoyait-elle vers une oasis si son pavillon était entre deux océans ? …

Une autre voix me répondit.

Autrefois, il y a bien longtemps, quand les animaux savaient parler, les déserts étaient recouverts par les océans.

Je regardais le petit singe, il semblait me sourire.

 

* * *

Au rythme des chameaux avançait la caravane dans un silence que seuls les blatèrements et autres cris des chameliers troublaient de temps à autre.

Nous dépassions bien quelques villages abandonnés mais des plantes poussant sur les murs, il ne restait que des branches pétrifiées s’agrippant désespérément aux pierres et là haut, dans le disque de feu tournoyait un oiseau… Simorg-Anka sans doute, sans aucun doute même.

Dans cette fournaise, tout était mystère et plus nous avancions, plus il s’épaississait. J’avais soif, très soif.

Comme pour abréger mes souffrances physiques ou morales ou les deux, la nuit tomba d’un coup.

Je savais dès lors que j’étais arrivé et mon cœur se mit à battre lourdement dans l’attente…

Et comme un rideau se levant sur une autre scène je la vis devant moi, dansant langoureusement à la lumière de torches frémissantes au souffle du désert, son corps sous un léger voile caché.

toutes les imaginations de ton désir, demande-les ! Je ne suis pas une femme, je suis un monde.

Mes vêtements n'ont qu'à tomber, et tu découvriras sur ma personne une succession de mystères

Encore cette voix ! Je cherchais du regard le singe quand je le sentis bouger sur mon épaule.

Si tu posais ton doigt sur mon épaule, ce serait comme une traînée de feu dans tes veines. La possession de la moindre place de mon corps t'emplira d'une joie plus véhémente que la conquête d'un empire. Avance tes lèvres ! Mes baisers ont le goût d'un fruit qui se fondrait dans ton cœur ! Ah ! Comme tu vas te perdre sous mes cheveux, humer ma poitrine, t'ébahir de mes membres, et brûlé par mes prunelles, entre mes bras, dans un tourbillon...

Entendis-je susurrer à mon oreille. C’était lui ! Elle !?


Réveille-toi Théophile !

Ma serveuse préférée me caressait le visage.

S’évapora la Reine de Saba sur ces derniers mots

Comment ? Ni riche, ni coquette, ni amoureuse ? Ce n'est pas tout cela qu'il te faut, hein ? Mais lascive, grasse, avec une voix rauque, la chevelure couleur de feu et des chairs rebondissantes.

Bien sûr ? Une femme si belle !

Elle rit, et le singe qui tient le bas de sa robe la soulève.

Tu te repentiras, bel ermite, tu gémiras ! Tu t'ennuieras ! Mais je m'en moque

Je gémissais déjà.

- Où est-elle? Où est passé le petit singe?
Gustave me regarda en souriant

- Tu n'es pas un ermite je pense, tu es encore moins Saint Antoine n'est ce pas? Donc tu ne risqueras pas d'être tenté par la Reine de Saba...
En tous cas merci à toi cher ami, mon récit semble être plutôt prenant.

                                                                                         FIN

 

 

 

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Point(s)

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Auteur

Blog

Alex Legrand

27-03-2014

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La tentation n'appartient à aucun recueil

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Alex Legrand.

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