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La lettre du passé. - Thème à Plumes

Thème à Plumes "La lettre du passé." est un thème à plumes proposé par Jenny . Si le sujet vous inspire, prenez la plume et rédigez votre version. Un jeu de plume où tout le monde peut participer !
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Thème proposé : La lettre du passé.

La lettre du passé : La poste vous envoie une lettre qui s’était égarée dans un passé plus ou moins proche. Qui vous l’a envoyée, que dit-elle, en quoi cette lettre du passé vient-elle bouleverser votre présent. Relatez cette histoire qui s’inspire de votre propre vie ou de votre imaginaire…

 

 

La  lettre  du  passé.




 

 

 

 

 

 

Dublin : le 01/09/1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Jenny,  

 

Je reçois à l’instant la lettre que vous aviez remise à ma voisine. Inutile de vous dire combien sa lecture m’a intrigué et même, je ne vous le cache pas, littéralement transporté. J’ai tout de suite été fasciné par vos recherches et les détails inouïs que vous énumérez comme si tout cela vous semblait familier et naturel.

La maison que vous évoquez avec autant d’émotions et que semble-t-il, vous avez mis longtemps à retrouver appartient à ma famille depuis son origine. Peu de travaux, faute de moyens, ont été réalisés depuis son édification.

C’est mon arrière grand-père qui l’avait fait construire à une époque où ce lieu ressemblait à celui que vous décrivez. Aucune habitation aux alentours n’existait à l’époque et la forêt encerclait pratiquement l’ensemble du domaine. Seule la façade face à l’océan, recevait la lumière crue du soleil et s’ouvrait sur un vaste ponton désormais très rouillé ; celui-là même, que vous me décrivez et qui fut bâti par cet aïeul qui semble si étrangement hanter votre mémoire inconsciente.

Vous me demandez s’il était blond, voire roux et s’il se prénommait Stéphane. En réalité, il se nommait Joseph, Stephan de K, mais il avait coutume de se faire appeler Steph ; quant à sa chevelure, je ne saurais vous la dépeindre, mais si la mienne tient de la sienne : je suis blond-roux à la chevelure épaisse et indisciplinable. La seule image en noir et blanc que le temps n’a pas trop altéré, est celle d’un homme à belle allure, taillé pour affronter les pires tempêtes. Que ne donnerais-je pas pour que son sang m’apporte le dixième de sa vigueur. Vous me décrivez des flashs d’un passé que votre mémoire vous renverrait, c’est assez troublant ; mon aïeul était effectivement un marin chevronné, un infatigable navigateur-explorateur davantage attiré par l’appel du grand large que l’amour de la terre. Quand les vents le ramenaient enfin vers les siens impatients, c’est sur son ponton qu’il se dressait, le regard délavé par la réverbération et le visage éclaboussé par les embruns. Vous me demandez si j’ai des informations sur les causes de sa mort ; j’ai toujours entendu relater qu’il avait disparu en mer ou disparu tout simplement, car personne n’a jamais revu le trois-mâts sur lequel il naviguait. Mon arrière grand-mère n’a jamais voulu abandonner sa demeure ; son fils, mon grand-père s’y établit et refusa toute offre d’achat. J’ai enfoui dans ma mémoire, le souvenir de fabuleuses vacances auprès de mes parents qui défrichaient, repeignaient et réparaient les dégâts causés par le temps. Mes yeux errent encore ancrés sur cet horizon que je n’arrive pas à oublier, tant il me fascinait enfant. Combien de fois n’ai-je pas imaginé se profiler au loin une goélette qui disparaissait au large emportant avec elle les secrets que je cherchais à percer. Voilà qu’avec votre lettre, vous réveillez en moi, l’enfant que j’étais, imprégné de l’aura d’un ancêtre qui par delà les ans, voguait éternellement ou flânait dans son parc en me prêtant ses yeux. Aujourd’hui encore, je garde enfoui la nostalgie de ses voyages inachevés comme un trésor jamais retrouvé. Vos mots sur la page sont comme ses pas sur le sable, ils avancent vers moi et alors, renait l’espoir de sa main dans la mienne et sa voix qui m’appelle. Pardonnez-moi si ma plume n’a su contenir le flot de l’émotion qui me submerge, je vous écris sous l’impulsion et vous laisse juge de vos impressions. Qui mieux que vous pourra comprendre ce que l’obsession peut entretenir d’illusions ou de passions insoupçonnées.

 

Certes, son âme en ces lieux plane encore puisque vous avez su capter des bribes de sa vie. Désormais, ce qui ne fut que le bras de sa terre est sans vie ; seule cette brave voisine veille sur sa demeure et m’informe de l’état des dégradations qui nécessiteraient des réparations urgentes. Pas plus que ma famille, je ne peux me résoudre à l’abandonner même si je n’ai plus guère les moyens et l’énergie de l’entretenir comme la charge m’en incombe.

Je n’ai malheureusement pas de descendants et votre lettre est comme un rappel à mon obligation de sauvegarde d’un patrimoine dont je suis encore le dernier garant d’une mémoire qui s’efface.

Vous semblez avoir un lien avec cette mémoire, il nous faut nous rencontrer. Même si je m’en défends, en tant que scientifique, votre témoignage me donne néanmoins l’envie de croire que le sens de la vie est bien autre chose que ce qu’elle semblerait vouloir être.

À mon tour de vous poser quelques questions qui me brûlent :

- Qui êtes-vous ?

- Que savez-vous de la fin de mon aïeul, quelle fut sa fin si vous la connaissez ?

- Avait-il réellement disparu ou jeté l’ancre dans de meilleures contrées ?

 

Le temps me presse de vous lire et de vous connaître. Je vous écris de Dublin, où mon travail me retient. Connaissez-vous l’Irlande ?

 

À très vite de vous relire, très chère Jenny.

 

 Guillaume.

Le 1° septembre 1999. 
 

 *  *  *

 

Guillaume ne recevra jamais ma réponse, car son ancienne adresse à Dublin n’est plus la sienne. La voisine de la maison de « Steph » est décédée et la maison a fini par être vendue après le décès de celle-ci à des étrangers qui ne l’habitent pas.

                         Jenny            







                                                                                                           

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+103

Auteur

Jenny

06-05-2011

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