Si vous avez déjà autorisé DPP, la connexion devrait se faire automatiquement. Si ce n'est pas le cas, cliquez de nouveau sur le bouton se connecter ci-dessous.
En cas de problème de connexion
Accédez directement depuis Facebook
"L'homme et la lumière" est une histoire courte mise en ligne par "Upsilonn Octopus".. Venez publier une histoire courte !
|
|
| Afficher : Complet ou page : 1 | |
|
(Mes excuses pour ce titre un peu moyen choisi en désespoir de cause un peu avant de publier ce texe . . . C'est à vrai dire la première fois que je m'essaie à la rédaction d'une "histoire courte" de ce genre, mais si le résultat ne me plaît qu'à moitié, le sujet me tenait suffisamment à coeur pour que j'ose le mener à bout et le poser ici.)
L'homme et la lumière
Il y avait, dans une prison quelconque, peu importe son nom, un homme des plus simples, un homme modeste, un homme condamné, condamné à la mort pour je ne sais trop quoi, pour une de ces raisons, sans doute, que la justice sort de ses manches comme ça, si aisément, pour noyer sous la barque du monde un rêveur inutile, quelque artiste mal-pensant, un gêneur ignorant – ou à qui l'on aurait jamais dit – que la liberté est une illusion désuète, depuis longtemps classée au patrimoine des songes les plus fous. Bref, c'était un homme simple, un homme au milieu de tous, assis par terre dans sa cellule, en attendant le jour où il ne serait plus, où il devrait ne plus être. Isolé derrière les barreaux, ermite par nature plus que par choix depuis son premier jour, il demeurait immobile, là, comme ça, face au mur, la tête levée vers la fenêtre qu'il contemplait du lever au coucher du soleil, sans cesse, jour après jour, nuit après nuit. Il mangeait les plats qu'on venait poser sur ses genoux poisseux, lavait ses joues dans l'eau d'un bol et urinait dans un autre, derrière lui, toujours avec maladresse, tandis que ses yeux s'accrochaient à la fenêtre. C'était un homme lent et timide, qui bougeait le moins possible et trébuchait facilement s'il lui fallait marcher. Un gardien qui rôdait de l'autre côté des barreaux s'arrêtait souvent devant sa cellule, si calme, si discrète, et lançait comme des pierres ses grinçantes railleries, comme ça, pour se divertir. Mais l'homme gardait les yeux rivés sur la fenêtre, sourd aux mugissements canins de ses compagnons d'en face, dont la rage excitait d'une perverse jouissance le cœur – s'il en avait un – du geôlier ricanant. Et jamais un de ces crachats virulents ne venaient entacher la paix du prisonnier. Le gardien, prompt à la colère, plein d'une bile âcre à l'égard des chiens qu'il surveillait et ulcéré à l'idée même qu'ils ne hument ne serait-ce que l'infiniment lointaine flagrance de la joie, vint un soir que le rêveur à la fenêtre sommeillait et, ajustant contre la vitre une planche d'un bois solide, condamna, en plus de son sort, la seule vue du prisonnier. Le matin, très tôt, fier de son invention, il se posta devant la cellule pour mieux voir quelle serait la réaction du paisible misérable. Jubilant d'une vengeance qu'il se hâtait d'enfourner, le geôlier le regarda frissonner et étirer ses membres pour s'assoir en tailleur, comme à son habitude, et puis ouvrir ses yeux pâteux, lever la tête, et s'adonner à la béate contemplation de sa fenêtre. L'homme fit comme il avait toujours fait depuis son arrivée. Il ne cilla pas et le sourire du gardien fondit sur son menton tremblant. Alors, s'imaginant qu'au travers de quelque fissure du volet improvisé filtrait encore un rayon de soleil en quête de l'œil du rêveur, le gardien entra, empoigna celui-ci et le tira hors de sa cellule. Hagard, docile et faible comme un vieil animal brisé par les temps, l'homme se laissa ainsi traîner jusqu'à un nouveau puits d'attente, sans barreaux ni fenêtre, une simple salle fermée et obscur, où l'on jeta son corps hâve pour l'y enfermer. Pensant l'offrir en pâture à la folie par voie de néant, le geôlier l'épia avidement depuis l'entrebâillement de la porte. Comme perdu, le prisonnier tourna et se retourna sur lui-même, hésitant, puis s'assit, croisa ses jambes et, levant la tête vers un coin de mur, y fixa son regard comme s'il contemplait quelque chose un peu en-dessous du plafond. Il regardait par une fenêtre qui n'existait pas. Le gardien, croyant devenir aussi fou que devait m'être cet autre au fond de sa cellule, l'abandonna aux ténèbres pour les nuits qui le séparaient de son dernier jour.
Ce matin-là, debout sur l'estrade auprès de la corde, le geôlier regarda le rêveur se laisser guider jusqu'à lui, la mine rayonnante, à cause sans doute de cette brise qu'il n'avait plus connue depuis son jugement. Il vit que malgré le bandeau qui lui couvrait les yeux, l'homme s'entêtait à lever la tête au ciel, souriant comme s'il en pouvait mesurer l'éclat. Alors, presque ému, ou du moins troublé de cette habitude si particulière que gardait son prisonnier jusqu'au seuil de la mort, il lui demanda : - Dis-moi, pauvre gueux, comme se fait-il que malgré tout entrave à ta vue, tu trouves toujours utile de regarder le ciel ?
|
|
|
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu." Lire/Ecrire Commentaires
L'homme et la lumière
n'appartient à aucun recueil
|
|
  | |
|
Histoire Courte terminée ! Merci à Upsilonn Octopus. |
|
Tous les Textes publiés sur : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.