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L'aigle et le serpent - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "L'aigle et le serpent" est une grande nouvelle mise en ligne par "Dorléans"..

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L’AIGLE et LE SERPENT

 

Manon se dressait sur ses petites jambes à l’orée de la forêt. Elle poussa à nouveau un petit cri vers l’animal qu’elle avait cru apercevoir. Derrière elle, son père Yvain sourit.

-          C’était une biche ma chérie, dit-il doucement, tu n’as rien à craindre.

Il posa sa main sur sa fille âgée d’un an et demi. La petite marchait depuis quelques mois et était dans la période transitoire où les bambins deviennent enfants. Tout dans ses yeux reflétait la découverte et l’émerveillement, pour le plus grand bonheur de ses parents, Yvain et Hellena.

Tous les trois campaient à la frontière du domaine du chêne des maîtres sonneurs, accompagnés d’une troupe de soldats aux armes d’Yvain. Après leur mariage, ils avaient rejoints les terres bretonnes d’Yvain, là où les pierres touchent le ciel. Hellena y avait accouché d’une petite fille. La merveilleuse Manon.

Après quelques mois à recouvrer sa santé, puis à découvrir les terres de son époux, Hellena avait émis le souhait de retourner auprès de son père, afin qu’il rencontre notamment leur enfant. Yvain avait alors demandé à son père la permission de prendre avec lui un fort parti armé, pour renforcer les défenses du domaine de son épouse, puis ils s’étaient mis en route.

Ils campaient donc ce soir-là, après plusieurs jours de marche, aux abords de la vaste forêt comprenant le chêne des maîtres sonneurs, non loin du domaine des eaux sombres. Ils avaient vu, deux jours avant, la cime du vaste chêne, qui, tel un repère les avait ramené sur les terres de la famille d’Hellena. La joie de cette dernière et d’Yvain était palpable tant ils avaient hâte de présenter leur princesse à la cour du vieux seigneur. La vue de l’arbre géant remplissait également leur cœur d’allégresse car elle animait en eux le souvenir de leur première rencontre.

Ce soir-là les feux brillaient dans le camp et les hommes étaient joyeux. Yvain et Manon rejoignirent Hellena sous leur tente commune et tous s’apprêtèrent à passer une bonne veillée. 

-          La petite a vu une biche et l’a chassé en l’invectivant de loin, dit doucement Yvain à son épouse.

Hellena pris Manon dans ses bras tendrement.

-          Tu as encore le temps de découvrir le monde ma chérie, mais tu ne dois pas avoir peur des animaux. Bien souvent ce sont eux qui nous craignent.

Manon fit les yeux ronds et sauta au cou de sa mère sous le regard attendri de son père.

A ce moment, un garde passa la tête dans l’embrasure de la porte de la tente :

-          Monseigneur, un visiteur s’est présenté à l’entrée du campement, il prétend vous connaître. C’est un moine du nom de Frère Bernard.   

Yvain et Hellena se regardèrent dans un mouvement commun de joie.

-          Laissez le passer et dites-lui de se joindre à nous, dit Yvain.

Hellena fut très heureuse de revoir frère Bernard. Le sévère précepteur de son enfance lui avait appris beaucoup, mais ce n’est que lors de sa rencontre avec Yvain qu’elle s’était rendu compte de la nature plus mystérieuse du moine. Elle avait tellement de questions à lui poser. Toutefois, lorsqu’il fut arrivé sous la tente, escorté de deux gardes, elle lui sauta au cou.

Frère Bernard, peu habitué à ces démonstrations d’affection, paru surpris et se raidit un peu lors de l’étreinte. Cependant, très vite, il esquissa un sourire et tapota maladroitement l’épaule d’Hellena :

-              Mon enfant… dit-il doucement.

Yvain vint lui présenter la petite Manon qui paraissait intimidée par ce grand homme tout sec en robe de bure sombre. Les deux hommes se dévisagèrent un instant. Tous deux éprouvaient pour l’autre le plus grand respect.

-              Frère Bernard soyez le bienvenu, dit Yvain.

-              Chevalier, le salua le moine en inclinant le menton.

Puis il porta les yeux vers la petite fille qui s’accrochait à la jambe d’Yvain. Il s’accroupit en tendant la main vers elle. Manon fit quelques pas vers lui, fit mine de trébucher, mais le moine, habile, la rattrapa rapidement. Il la souleva et murmura avant que les larmes ne vinssent chez elle :

-              Tout va bien enfant, on trébuche souvent au début, mais c’est pour mieux se redresser.

Hellena fut émue d’entendre son précepteur s’adresser ainsi à sa fille. C’était de cette manière qu’il s’était toujours comporté avec elle-même. Elle reprit Manon des bras du moine en lui demandant :

-              Comment saviez-vous que nous camperions ici ? Est-ce mon père qui vous envoie ?

-              Je savais que vous étiez de retour grâce aux messages que vous avez fait parvenir à votre père, mais j’ignorais que vous établiriez votre camp ici.  Je faisais une retraite dans une chapelle en amont du ruisseau et je vous ai vu arriver. Quand j’ai aperçu les armoiries du chevalier Yvain j’ai su que c’était bien vous.

-              Vous resterez avec nous ce soir n’est-ce pas ? Nous avons mis à rôtir quelques prises de bon gibier. Nous voulions célébrer notre retour en ces terres, dit Yvain.

Frère Bernard ne se fit pas prier.

Les feux avaient été disposés de manière que tous pussent s’asseoir autour, en une grande assemblée de guerriers et de charretiers. Frère Bernard constata qu’Yvain était un chevalier apprécié de ses hommes. Il passait au milieu d’eux et avait pour chacun un mot personnel. Quant à Hellena, ou « Dame Hellena », comme l’appelaient avec déférence les hommes, elle imposait vraisemblablement un respect teinté d’affection de la part de ces rudes guerriers, ce qui ne manqua pas d’amuser le moine.

La soirée se passa agréablement, on mangea et on but gaiement tandis que quelques audacieux narrèrent des histoires afin de distraire l’assemblée. Yvain entreprit de jouer un air avec son étrange instrument. Les hommes tapaient dans les mains en mesure. Tout allait bien.  Puis, lorsque le calme revint, Yvain se rapprocha de Frère Bernard pour engager la conversation. Hellena prit Manon dans ses bras pour aller la coucher, la petite avait veillé très tard.

-              Vous avez mangé Frère Bernard ? demanda Yvain en s’asseyant.

-              Plus que de raison j’en ai peur, merci de votre hospitalité Chevalier.

Tous deux restèrent silencieux un instant puis Frère Bernard reprit :

-              Votre retour sera salué. Le père d’Hellena est encore vaillant, néanmoins votre jeunesse et les hommes que vous avez amenés avec vous seront les plus que bienvenus. Sans parler de cette petite Manon qui est un symbole fort de la vie qui continue à prospérer en ces terres.

Derrière les compliments Yvain comprit qu’il y avait un message. Un message malheureux, ce qui le frustra un peu en cette période de liesse.

-              Quel est ce mal que vous craignez et que vous évoquiez déjà lors de l’épreuve du chêne de fer ? Mes hommes et moi-même sommes prêts au combat, mais si nous devons tuer et mourir, j’aimerais savoir pourquoi et contre qui je me bats, dit-il en pensant à sa famille.

-              Voilà toute l’énigme chevalier… je ne sais pas vraiment…

-              Pourtant le père d’Hellena parlait d’une alliance… le coupa Yvain.

-              Oui, fit Frère Bernard, conscient de l’impatience du chevalier alors que soudain sa joie était assombrie par des funestes paroles.  Les menaces existent et certaines sont tangibles. Les raids des hommes du Nord s’intensifient sur les villages côtiers et nous ne serons plus longtemps épargnés. Par ailleurs, certains seigneurs d’ici ont le tempérament peu enclin au repos et n’aspirent qu’à la bataille… Les hommes sombrent dans la violence, c’est un fait. Vouloir le nier c’est perdre le combat avant qu’il n’ait commencé… Le père d’Hellena est un homme prévoyant, c’est pour cette raison qu’il veut une alliance forte.

Yvain garda le silence. Il médita les paroles de Frère Bernard. Au fond, lui aussi avait perçu au loin le bruissement des épées et le fracas des boucliers. Mais la joie des derniers mois avait voilé la réalité d’une brume de merveilleux, qui l’avait certainement aveuglé. Il savait que le moine avait raison.

-              Pardonnez-moi de vous avoir interrompu, dit-il.

-              Ce n’est rien, répondit Frère Bernard songeur.  Je n’ai pas tout dit… il y a comme une ombre qui grandit dans l’obscurité, tout prêt… c’est cela que je n’arrive pas à déterminer. Je ne sais pas quand, ni comment cela se manifestera, mais je crains ce mal plus que les hordes des barbares du Nord.

Ils finirent leurs gobelets en regardant les flammes face à eux. Les hommes allaient se coucher et ils étaient parmi les derniers encore debout.

-              Allez rejoindre votre femme et votre enfant, chevalier. Il est encore trop tôt pour être mélancolique, dit Frère Bernard. Je dormirai près du feu, j’aimerais regarder les étoiles.

Yvain approuva en opinant du chef, puis dit :

-              Nous nous battrons Frère Bernard, et nous vaincrons, quoi qu’il arrive j’en suis sûr.

-              Oui je le sais, dit le moine, et vous serez rejoints dans la lutte par d’autres ayant la même valeur que vous chevalier. Le bien attire le bien.

-              Espérons que le mal n’attire pas le mal dans ce cas, répondit Yvain en se levant. Dormez bien.

Frère Bernard regarda le chevalier s’éloigner puis reportant ses yeux tristes vers les flammes il murmura doucement :

-              Hélas chevalier, rien n’est moins certain.

ΩΩΩ

Le lendemain, le camp se réveilla dans la brume. Pourtant, la veille, rien n’avait laissé présager un temps si mauvais. Frère Bernard, qui s’était endormi auprès du feu était le premier surpris. Transi  par la rosée, il s’enroula dans une couverture que lui tendit un garde. Il avait pu observer jusque tard dans la nuit la course des étoiles mais il n’avait pas perçu le changement soudain qui avait apporté cette brume mystérieuse.

Les hommes autour de lui semblaient inquiets, ils ne comprenaient pas non plus. Yvain apparut hors de sa tente et sembla également troublé. Il alla voir les sentinelles par réflexe, et comme tout bon chef il recommanda la vigilance et doubla la garde.

-              Cette brume n’a rien de naturel, dit-il, soyez sur le qui-vive.

Frère Bernard fut comme frappé par un éclair. Evidemment ! La brume n’était pas apparue naturellement, quelqu’un l’avait invoquée pour qu’elle soit si soudaine.

Il allait se diriger vers Yvain mais il s’arrêta aussitôt, comme chacun dans le camp. Dans la tente du chevalier quelqu’un, Hellena, hurlait de détresse.

Yvain fit jaillir l’épée à lame bleutée que son épouse lui avait offerte et se rua dans sa tente. Les hommes, en guerriers se mirent en position de combat et se préparèrent à l’attaque, quelle qu’elle soit. Mais ce fut un Yvain décontenancé qui sortit à reculons de la tente, poussé par une Hellena en furie. Elle criait, en état de choc :

-              Manon ! Manon ! Elle a disparu ! 

Yvain compris pourquoi elle était bouleversée et se jeta à nouveau sous la tente. On put entendre qu’il retournait tout dedans, comme tout père désespéré l’aurait fait. Puis ce fut le silence, et tous le virent sortir, pâle comme la brume qui les environnait. Il prit Hellena, qui sanglotait maintenant, dans ses bras. Il lui murmura quelques mots puis il appela le capitaine de ses hommes :

-              Formez des groupes, cherchez des traces, partez dans toutes les directions, trouvez la !

-              Oui monseigneur, fit le capitaine. Nous sommes tous attachés à la petite Dame, nous la trouverons, ajouta l’homme l’air sincèrement affecté, mais déterminé.

Puis il tourna le dos au couple et cria ses ordres. Pendant ce temps Frère Bernard s’était à son tour glissé sous la tente. Il se sentait coupable de n’avoir rien vu, rien entendu. Il aperçut les meubles qu’Yvain avait renversé au sol mais son attention se porta tout de suite sur un pan de tissu légèrement relevé au fond de la tente, non loin de l’endroit où la petite Manon devait avoir passé la nuit, comme en attestait le berceau renversé. Il souleva le pan et vit quelques traces au sol, deux lignes distinctes, comme deux sillons dans la terre. Il se pencha, apercevant quelque chose d’étrange. C’était un amas de peaux mortes gluantes, il en ramassa une poignée avec dégoût…

-              Des serpents… murmura-t-il plein d’effroi.

ΩΩΩ

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Dorléans

02-03-2017

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