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Journal d'un innocent - Nouvelle

Nouvelle "Journal d'un innocent" est une nouvelle mise en ligne par "Jack Prince"..

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Comite Coup de ♥ CDL

Journal d'un innocent

13 Avril:

Le grand jour est arrivé, nous nous installons enfin dans notre nouvel appartement. Après tous les aléas du déménagement, nous pouvons enfin respirer. Bien sûr, il reste encore beaucoup de cartons à vider, mais nous ne sommes pas pressés. Nous avons enfin notre chez-nous. Après un rapide tour du propriétaire, les chambres sont réparties. Vincent dort dans la plus petite chambre. Le garçon de cinq ans est ravi d'avoir une chambre à lui tout seul. Quant à moi, je partage la plus grande chambre avec Vanessa, qui vient d'avoir douze ans. J'adore Vanessa, nous nous entendons très bien et elle est toujours là pour me réconforter lorsque l'orage gronde. En effet, j'ai depuis tout petit la frayeur du tonnerre. Ce bruit tonitruant me terrifie, c'est pourquoi je me réfugie dans le lit de Vanessa lorsque j'ai trop peur. Elle me sert alors contre elle et me murmure à l'oreille pour me rassurer. J'aime m'endormir dans ses bras. Elle est si douce que j'ai l'impression de retomber dans l'enfance quand je suis à ses cotés. Nous dormons donc dans la même pièce tandis que les parents partagent la troisième chambre. La gaieté se lit sur tous les visages depuis que nous avons emménagé. La joie règne et personne ne songe à la troubler.

15 Avril:

C'est le premier jour de travail pour Quentin. Sa femme, Mélinda, est enchantée. Leurs cinq ans de mariage n'ont pas altéré leur quotidien, et le couple vit en parfaite harmonie. En partant à l'usine de chaussure, Quentin rayonnait de bonheur. Son nouveau travail l'enchante et il a hâte de se faire de nouveaux amis parmi ses collègues. Toujours jovial, l'homme de trente cinq ans n'a aucune difficulté à se faire apprécier des autres. C'est donc avec une immense joie qu'il nous raconte le soir ses débuts dans l'entreprise. Ce nouveau départ s'annonce décidément très prometteur. L'euphorie est générale, d'autant plus que Vincent et Vanessa ont été accueilli à bras ouverts dans leur nouvelle école. Quentin a acheté du champagne pour fêter notre réussite. Vincent et moi avons eu droit à un fond de verre. J'aime bien le champagne. Ce petit goût pétillant dans la bouche est agréable, et la sensation d'avoir le tournis qui vient après est amusante.

27 Mai:

Plus d'un mois s'est écoulé depuis notre arrivée dans cette petite ville. L'euphorie du début a peu à peu disparue pour laisser place à de la lassitude. L'émerveillement des premiers jours s'est éteint, et nous sommes tous entrés dans une routine de vie. Vincent et Vanessa vont toujours à l'école, mais la lueur de gaieté qui rayonnait dans leurs yeux a disparue. Quentin n'est plus autant enjoué d'aller au travail, et rentre certains soirs en se plaignant. Quant à Mélinda, elle n'a guère le temps de se soucier des problèmes de son mari car les tâches d'intérieur lui prennent la majeure partie de son temps. Moi, je me contente d'observer la situation avec le plus de neutralité possible, mais je dois reconnaître que l'existence me paraît plus monotone. Le soleil n'a plus le même éclat, l'air n'a plus le même parfum. J'espère que l'arrivée des grandes vacances va détendre l'atmosphère et que chacun retrouvera bientôt son enthousiasme d'antan.

15 Juin:

En quelques semaines, tout s'est brusquement détérioré. Quentin rentre tous les soirs en maugréant, se plaint des cadences infernales que lui impose son patron. Il proteste lorsque les repas de sa femme ne lui plaisent pas. Cette dernière ne manque pas de lui faire remarquer qu'elle n'a pas que ça à faire. Vanessa et Vincent ne disent rien. Elle, parce qu'elle ne veut pas s'en mêler, lui parce qu'il ne comprend pas pourquoi ses parents se disputent. Les relations entre tous se fragilisent. Quentin ne me sourit plus, Mélinda ne me concocte plus mes repas avec amour, même Vanessa se renferme et ne joue plus avec moi. Les disputes sont de plus en plus fréquentes et gagnent chaque jour en violence. Il ne se passe plus un soir sans qu'il y ait des éclats de voix, souvent accompagnés de vaisselle brisée. Je ne comprends pas comment nous avons pu en arriver là.

23 Juin:

À la veille des vacances, Quentin rentre ivre à la maison. Il est allé au bar après le travail et a visiblement consommé beaucoup d'alcool. Mélinda hurle qu'il est irresponsable, ajoutant que l'exemple qu'il donne à ses enfants est odieux. Comme il ne l'écoute pas, elle le gifle. Quentin semble alors sortir de ses gonds et attrape sa femme par les cheveux. Il la frappe au visage puis l'entraine vers leur chambre, le regard avide. Elle tente de se débattre, mais l'homme saoul est trop fort. La dernière chose que je vois est Quentin jetant sa femme sur le lit et fermant la porte tout en baissant son pantalon. J'entends les cris de Mélinda, qui finissent par être étouffés. Je ne dors pas de la nuit.

30 Juin:

Cela fait une semaine que le cauchemar a commencé. Quentin s'est fait passé pour malade auprès de son patron pour ne pas aller au travail. Les enfants n'ayant plus école, nul ne remarque leur absence. Nous sommes enfermés dans l'appartement, nous ne pouvons pas nous échapper. Quentin ne semble plus le même. Il a coupé le téléphone et ne sort que pour acheter à manger, et surtout de l'alcool. Il s'enferme la plupart du temps dans sa chambre, d'où Mélinda n'est pas ressortie depuis sept jours. On entend de temps en temps des appels au secours étouffés. Vincent ne sort plus de sa chambre, selon les ordres de Vanessa. Cette dernière semble avoir comprit ce qui se passe. Ne pouvant plus tenir, je décide de me faufiler dans la chambre des parents pour voir se qui s'y passe. Pendant que Quentin est dans la cuisine et boit, je pénètre par la porte entrebâillée. À peine suis je entré dans la pièce que j'entends le pas lourd du père de famille qui se rapproche. Je bondis sous le bureau et m'y recroqueville. Quentin entre une bouteille à la main. Il referme la porte et donne un tour de clé. Il est encore ivre à en juger par sa démarche. Son regard se pose sur le lit. Je jette un œil dans cette direction et me retiens pour ne pas crier. Mélinda est attachée sur le lit, inconsciente, entièrement nue. Elle a beaucoup pleuré et son corps est couvert de cicatrices. Je comprends alors. Quentin l'a violée et a lacéré sa peau au couteau. Elle respire très faiblement. Je me demande même si elle ne va pas mourir dans l'instant. Ce malade la regarde en souriant. Soudain il se déshabille et se penche sur elle. Je ferme les yeux et tente de me boucher les oreilles. Une fois qu'il a terminé sa sinistre besogne, il se revêtit et ressort de la pièce pour se chercher une autre bouteille. Je sors de ma cachette, grimpe sur le lit et regarde Mélinda en pleurant. Elle respire à peine. Je m'approche de sa joue et la caresse doucement. Dans un dernier effort, elle ouvre les yeux. Elle me sourit faiblement puis souffle un « sauves toi » à peine audible. Sa tête retombe sur l'oreiller. La malheureuse ne souffrira plus. Je sors de la pièce à toute vitesse et tente de m'orienter, les yeux embués par les larmes. Je ne distingue plus rien, pourtant je dois prévenir Vanessa et Vincent. Il nous faut quitter cette appartement au plus vite! Quentin est devenu fou, il a séquestré sa femme et la malheureuse est morte sous ses mauvais traitements! J'arrive dans le couloir menant aux chambres. Je cours de toutes mes forces mais n'y voyant plus rien, je me cogne la tête contre un mur. Le choc est si violent que je m'évanouis.

Je me réveille avec un terrible mal de tête. Je reprends lentement mes esprits. Les images de la veille défilent dans ma tête. L'adrénaline engendrée par ces visions me permet de me relever. J'avance en titubant vers la chambre. Vanessa me voit et court vers moi. Elle me prend dans ses bras et regarde la plaie sur mon front. Elle essuie le sang qui coule et me fait un bandage avec la manche d'un de ses Tee-Shirt. Alors qu'elle m'allonge sur mon lit, Quentin entre dans la chambre, plus ivre que jamais, un couteau à la main. Vanessa hurle de frayeur mais n'a le temps d'esquisser aucun geste. En un instant son père est sur elle et la plaque sur son lit. Posant le couteau sur la table de nuit, il entreprend de toucher la poitrine de sa fille et de la déshabiller. Ce salaud s'intéresse maintenant aux charmes naissants de Vanessa. Cette dernière se débat comme elle peut. Elle griffe, hurle, mord. Quentin vexé par cette rébellion légitime frappe sa fille à la tempe. Elle perd connaissance. L'homme ivre reprend sa tâche. Une immense colère monte en moi. Ce fumier n'a pas le droit de faire ça! Puisant dans mes dernières forces, je me lève. Ma tête tourne, et un malaise immense s'empare de moi. Je ne dois pas tomber dans les pommes, je dois sauver Vanessa. Je saute sur Quentin et tente de lui faire lâcher prise. Il se souci à peine de moi et d'une grande claque, m'envoie valdinguer à travers la pièce. Je percute violemment le mur et m'écroule, incapable de bouger. Et, tandis que j'agonise sur la moquette, je dois assister impuissant au viol de Vanessa. Une fois qu'il s'est enfin rassasié, le père de famille contemple sa fille puis sans un mot, prend le couteau sur la table de nuit et lui tranche la gorge. Je n'ai plus la force de crier. Je ne peux que pleurer.

On frappe à la porte. Une voix résonne:

-Police! Ouvrez!

Je ne suis pas sûr d'avoir bien entendu. Mais la voix parle à nouveau. Sauvés! Nous sommes auvés ! Un voisin aura entendu les cris de Vanessa et aura prévenu les autorités! Malheureusement, il est trop tard. Soudain, je pense à Vincent. Il a du rester dans sa chambre, conformément aux ordres de sa sœur. Pourvu qu'il ne sorte pas de la pièce, pourvu qu'il ne se montre pas! Pas maintenant! La porte cède d'en un craquement sinistre. Quentin, les yeux fous, sort de la chambre en hurlant. Des détonations claquent. Un bruit sourd. Des pas se rapprochent. Les policiers pénètrent dans la chambre. Ils regardent effarés le corps de Vanessa qui git dans une mare de sang. L'un d'entre eux ne peut se retenir et vomit. Enfin, ils m'aperçoivent. Un officier se penche sur moi et me soulève doucement. Il me transporte dehors. Un autre policier porte Vincent dans ses bras. Le pauvre garçon pleure à chaudes larmes. Il va bien mais tremble de tout son corps. Une ambulance arrive. Les infirmiers s'assurent que Vincent n'a rien puis se tournent vers moi. Le plus âgé d'entre eux fait la moue et dit qu'il vaut mieux un spécialiste pour me soigner. Vincent refuse de se séparer de moi, il monte donc dans l'ambulance qui me conduit chez ce « spécialiste » en compagnie d'un policier. Celui ci murmure à l'un des infirmiers:

« Ce salopard a violé et tué sa femme et sa fille de douze ans. C'est vraiment pas beau à voir. On a retrouvé le petit caché sous son lit. Et regardez ce qu'il a fait au chat. »

Il me regarde avec pitié. Je jette un œil en direction de Vincent. Il a cessé de pleurer et, voulant se comporter en homme, tente de se montrer brave. Il me caresse doucement et chuchote:

« Ne t'inquiète pas Isidore, le vétérinaire va te soigner. Et après, on pourra jouer tous les deux. »

Vincent va s'occuper de moi maintenant. Je ne suis pas tout seul. Tout n'est pas si mal, finalement. La lumière de l'ambulance devient plus intense. Rassuré, je ferme les yeux.

Nouvelle écrite il y a quelques années de cela, inspirée par un drâme familial que j'avais lu un peu par hasard dans les journaux. 

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Point(s)

+13

Auteur

Jack Prince

03-09-2013

Blog

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Journal d'un innocent appartient au recueil Un monde gris

 

Nouvelle terminée ! Merci à Jack Prince.

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