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Jon-jon le preux et la princesse... - Conte

Conte "Jon-jon le preux et la princesse Jocelyne" est un conte mis en ligne par "Mathi=U"..

Venez publier un conte ! / Protéger un conte

"Jon-jon le preux et la princesse Jocelyne" est la suite de l'aventure "Le loup, la princesse et le roi des andouilles", publié il y a quelques temps. Vu que le texte est assez long, je proposerai les chapitres 2 par 2, pour vous laisser le temps de lire. Merci d'avance pour vos retours, positifs ou négatifs !!!

 

 

Chapitre 1 : Un passé un peu lourd

« Dame Jocelyne, donc, n’épousa pas le loup, pour la simple raison qu’elle le tua de sang froid dans les ateliers désaffectés du château »

 

La princesse Jocelyne n’épousa pas Robert le Loup, en dépit du marché honteux que le  fripon avait passé avec son père. Ayant eu vent de l’affaire, elle s’organisa en conséquence et mit sur pied un plan infaillible. Pour cela, on pouvait lui faire confiance : la nature l’avait dotée d’un esprit clair et brillant, pour compenser sans doute avec le vide abyssal qui tenait lieu d’intelligence à son géniteur. Notons également – mais de grâce, ne l’ébruitez pas - que l’héritière n’en n’était pas à son coup d’essai.

 

Dès son plus jeune âge, la demoiselle avait saisi l’usage perfide que faisaient les hommes de l’amour. Ces viles créatures n’hésitaient pas à s’en servir comme d’une corde pour ligoter fermement leurs épouses. Combien de ses amies en portaient les stigmates sur les poignets ? Combien de foyers ardents avaient-elle vu s’éteindre brusquement dans les yeux de ses conscrites ? Non, l’amour n’était décidemment pas pour elle. Elle le déclara solennellement au roi Gustave I et à la reine Babette le jour de son quinzième anniversaire.

 

« Chère Mère froide et fielleuse, cher père bête mais gentil

Je crains en cet instant d’vous donner du souci

Car ce que j’vais vous dire vous troublera sans doute

Et vous f’ra dire de moi : « elle a la tête qui goutte »

 

Après des jours d’étude et des nuits d’analyses

Ecoutant ça et là ce que les femmes disent

J’ai fini par comprendre qu’les hommes sont des salauds

Qu’ils le sont encore plus quand ils portent un anneau

 

Ma décision est prise, je ne me marierai point

Ni aujourd’hui ni même dans un futur lointain

Sachez qu’ma volonté est plus dure que le fer

Et qu’si vous me forcez, vous irez en enfer »

 

Dame Jocelyne, donc, n’épousa pas le loup, pour la simple raison qu’elle le tua de sang froid dans les ateliers désaffectés du château. La logique aurait voulu que le coup mortel soit donné au père et non au prétendant, mais la princesse n’avait pu s’y résoudre. Elle éprouvait pour Gustave des sentiments confus. Dans son shaker affectif, amour filial, compassion, pitié, condescendance et abattement étaient sans cesse émulsionnés. Jocelyne buvait chaque jour une gorgée de ce filtre étrange. Elle s’y était habituée. Mieux que cela : elle ne pouvait plus s’en passer. Nul doute que cette dépendance avait pesé de tout son poids au moment où elle s’était résignée à agir. La reine Babette, en son temps, n’avait pas bénéficié de la même clémence…

 

Mais une vie sans amour n’est-elle pas une vie gâchée ? Sans cet immense tremblement du cœur et des sens, une existence mérite-t-elle d’être vécue ? Pour l’heure, la princesse ne se posait pas ce genre de question. Elle coulait des jours heureux dans le château familial. Sa quiétude n’était troublée ni par la gravité des actes qu’elle venait de commettre, ni par l’alcoolisme aigu dans lequel s’enfonçait son père.

Car s’il y en avait un qui n’allait pas bien, c’était bien Gustave I. Le pauvre monarque se tenait pour responsable de l’assassinat du loup. Il passait le clair de son temps enfermé dans son bureau, à ruminer ses regrets. Chaque jour, il quémandait à sa fille de lui porter trois outres de vin des marais dans lequel il tentait tant bien que mal de diluer son malaise. Quand son état le permettait, le roi noircissait des parchemins, dans le but évident quoiqu’inaccessible de clarifier ses pensées. Ses écrits n’étaient destinés à personne sinon à lui-même, mais il ne prenait même plus la peine de les relire, cet onguent s’avérant finalement sans effet sur ses plaies béantes. L’acte d’écrire restait cependant le seul quine le faisait pas souffrir. Permettons- nous de jeter discrètement un coup d’œil par dessus son épaule avachie…

 

 

« Quelle faute ai-je commis, quelle erreur grossière

Pour que ma fille chérie devienne une meurtrière

Un monstre de froideur qui jamais ne regrette

L’horreur pourtant immense de ses crimes abjects

 

Plus encore que ses actes, c’est bien son attitude

Qui plonge tout mon être dans une grande hébétude

Le père tendre et aimant ne peut plus reconnaître

Dans cet être cruel la fille qu’il a vue naître

 

Vraiment, est-ce possible qu’elle est tout oubliée

De cette nuit sans lune ou le sang fut versé

Alors que ce souv’nir chaque seconde me hante

Et que le râle du loup sonne encore sous ma tempe ? »

 


Chapitre 2 : Le pari insensé

 

« Et dans l’cas improbable où je serais perdant, je te sr’ais redevable de mille écus sonnant »

 

 

Ah ! Je n’en peux plus ! De l’air, par pitié, de l’air ! Quittons si vous le voulez bien l’atmosphère étouffante du château, retrouvons un peu de légèreté…

 

Car partout ailleurs, nous sommes en mai. L’air est vivifiant, le soleil resplendit. Les journées s’allongent, les jupes rétrécissent, finalement seule la volonté du preux Jon-Jon garde la même grandeur : à la mesure de sa démesure, immense.

 

Mais je ne vous ai pas présenté. Jon-Jon est notre chevalier, celui qui, à la fin de la fable, terrassera le dragon et épousera la princesse. Je ne vous en dis pas plus. Pour l’heure, il descend nonchalamment la rue principale de Boudinville, l’air satisfait. Ses cheveux longs permanentés de frais ondulent gentiment sur ses larges épaules. Ses lèvres gourmandes s’agitent autour du bâtonnet d’une sucette Chupa-chups parfum cola. Sans y penser, il enroule et déroule sa langue autour de cette boule de sucre, ce qui a pour double conséquence de le faire légèrement baver et d’accentuer la tension sur les coutures de son jeans étroit. Qu’importe ! Jon-Jon se sent parfaitement bien. Bien peigné, bien rasé, bien coiffé, bien parfumé, bien habillé. En un mot, irrésistible. Sa beauté et sa jeunesse scintillent sous le soleil couchant. Sur son passage, les femmes se retournent. Certaines réajuste leurs maquillage, d’autres coincent une mèche de cheveu derrière leur oreille rosée, toutes redressent les épaules pour gonfler leurs décolletés. Derrière ses inévitables Ray-ban, Jon-Jon jubile. Tout cela lui semble de très bonne augure pour la suite. Mais pour vous expliquer la suite, il me faut logiquement commencer par le début.

 

Alors, imaginez… Nous sommes au London’s Pub, trois rue Godivot. Il est deux heures du matin. A la table du fond, deux jeunes hommes descendent du whiskey depuis de longues heures. Ils sont fin bourrés. L’un d’eux est notre Jon-Jon. L’autre s’appelle Stanislas, il est le fils ainé du Duc de Foie de Morue, la plus grande fortune de Boudinville. Ils ont parlé gonzesses toute la nuit. Il est à présent l’heure des paris stupides…

 

« Jon-Jon mon bon ami, ta suffisance m’amuse

Même si j’crois sincèrement que, quand même, tu abuses

Quand tu prétends, serein, qu’une année te suffit

Pour mettre toutes les princesses de la ville dans ton lit

 

Mais vois-tu je suis prêt à relever le défi

Car somme toute, moi aussi je suis assez joli

Et possède d’autre part deux avantages certains :

Je suis né de sang noble, du pognon plein les mains.

 

Il me semble pourtant juste d’équilibrer l’affaire :

Si je gagne, mon ami, tu me paieras une bière

Et dans l’cas improbable où je serai perdant

Je te sr’ai redevable de mille écus sonnant »

 

Jon-Jon, qui tient mieux l’alcool que Stanislas et que l’astronomité de la somme a subitement dessoulé s’empresse de noter noir sur blanc et en deux exemplaires les termes exacts du pari. Une tournée plus tard, les deux compères signaient le contrat….

 

Le coup de canon annonçant la plus incroyable épopée sentimentale de Boudinville venait d’être tiré…

A SUIVRE...

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Point(s)

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Auteur

Mathi=U

27-02-2015

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Couverture

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Jon-jon le preux et la princesse Jocelyne appartient au recueil La saga Boudinville

 

Conte terminé ! Merci à Mathi=U.

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