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Je n'ai qu'une seule ruse... - Conte, Légende ou Autre

Conte, Légende ou Autre "Je n'ai qu'une seule ruse..." est une histoire du Domaine Public mis en ligne par "Marjoline"..

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Je n'ai qu'une seule ruse...   

                                                                       

Sous les affres non pas de la faim, mais de la solitude, cet insupportable supplice, un loup « cherchait aventure » et quelle aventure que celle de se trouver un compagnon. Surtout lorsqu'on est réputé loup. Quelle aventure que celle de nouer un lien en cette jungle au moment de la disette. Surtout si on est un prédateur. Il errait au hasard des chemins en cherchant bel et bien un compagnon de route avec qui papoter, jubiler.
Un hérisson, il rencontra.
Des paroles, des historiettes, ils s'échangèrent. Quand le croqueur lui lança :
- On m'a souvent parlé de toi, on m'a dit que tu as une tête pleine de ruses.
- Oh, que non lui répliqua le hérisson modestement. Côté ruses, mes provisions sont pauvres. De toutes les ruses du monde, je n'en ai qu'une seule, malheureusement.
- On m'a dit à moi que c'est toi qui es riche de ruses continua le hérisson enchanté de cette déclaration, tout en mentant au loup. Tout en lui épargnant le moindre sentiment de gêne qui pouvait découler d'une pareille situation. Il savait qu'une bête comme lui, n'avait que la force.
Le loup futé, avec toutes ses folies, s'était cru intelligent et dit :
- Moi ? Eh bien, j'en ai quatre-vingt-dix-neuf.
Étonné du fait que le loup avait déjà gobé le mensonge, le hérisson rétorqua :
- Waw, combien dis-tu ? Quatre-vingt-dix-neuf ruses ? Tu en es sûr ?
A un moment le hérisson allait le démentir. Il se retint.
- Et oui, fit le croqueur gonflé d'orgueil, quatre-vingt- dix-neuf ruses pourquoi ne veux-tu pas me croire ?
- A quoi bon le démentir puisque nous venons à peine de débuter cette amitié se dit le hérisson en feignant de ne rien entendre. A quoi bon gâcher une amitié naissante par une pareille contrariété.
Ils poursuivirent leurs chemins dans la forêt. Le loup sentit la faim qui lui broyait les boyaux. Le hérisson aussi. Et rien de quoi ne se mettre sous la dent.

Rien. Rien de rien. Absolument rien.
Lorsqu'une clairière entra dans leurs champs de vision. Ils s'approchèrent d'un pas méfiant. C'était un bel enclos de verdure. Un verger très bien entretenu. Ils cherchèrent par où entrer, en vain. L'enclos était bien entouré de bois, d'épines, de ronces. La claire-voie haute. Les intestins du loup criaient au secours à la vue de cette belle verdure luisante : la faim le dévorait. Ils aperçurent enfin un trou par où nos deux compères purent péniblement se faufiler.
Alors débuta un moment de liesse et d'allégresse. Ils tombèrent comme des aveugles sur les choux, tomates, haricots.
 Nos deux compères mangèrent, mangèrent et mangèrent.
Celui qui n'avait qu'une ruse, comme unique bouclier, mangeait et allait vérifier si la brèche pouvait toujours le contenir. Parce qu'il fallait bien sortir de là. Le loup lui était aux anges, il s'emplissait la gueule de légumineuse, cisaillait avec des canines tranchantes bottes de salades, de choux et tomates. Comme si la richesse allait sécher, comme si c'était le dernier jour de sa vie.
Le hérisson, ayant constaté qu'il pouvait à peine sortir du trou cessa de manger.
- Pourquoi as- tu arrêté de manger ? lui demanda le croqueur qui continuait à croquer même s'il n'en avait aucune envie.
- Je suis rassasié, je te conseille d'arrêter toi aussi !
- En tout cas, moi j'ai un ventre plus gros que le tien, je vais me venger. Hein, se moqua-t-il, laisser toute cette nourriture parquée ici ? Tu parles !
- Tant pis pour toi, je t'ai averti.
A mauvais entendeur, point de salut. A quoi bon prodiguer des conseils, à quelqu'un de têtu ?
Le loup faisant fi du conseil de son compagnon.
Il s'empiffrait, s'empiffrait et s'empiffrait.
On le voyait avec un ventre bedonnant, causant même des ravages, terminant par arracher la végétation et la jeter à droite, à gauche, partout, n'importe où. 

Eh, oui ! Quand le ventre est bourré, il commande au cerveau des sénilités. Le désordre dans le beau potager, il l'avait semé. Comme le ferait une meute de loups. 

Quand tout à-coup, le hérisson entrevit au loin, entre les ronces denses de la haie une ombre et prévint son compagnon :
- Hé mon ami, presse-toi ! Fuyons, je vois une silhouette s'approcher. Il parait que c'est le propriétaire du potager...Nous sommes cuits, à ne pas nous dépêcher.
Le hérisson de peur accourut les yeux rivés à la sortie, au trou par où il accéda disons facilement. Le croqueur était à ces traces, son gros ventre se balançant au-dessous de lui. Et là, fut la grande surprise :
La gueule céda, sortit du trou, une première patte ensuite, mais difficilement, très difficilement. Reste alors l'autre patte et le ventre. Un ventre tellement enflé. On eut dit une énorme boule qui avait juré de ne pas sortir.
Le prédateur poussa, poussa et poussa.
Lorsqu'il s'était rendu compte que ses efforts furent une peine perdue, il s'extirpa du trou, tomba par terre tout essoufflé, loin du hérisson qui a réussi à sortir sans encombre. Ce dernier le regardait faire sans proférer mot. Le pétrin dans lequel se trouvait le loup, ne l'avait point étonné, au contraire, il s'y attendait.
- Hé mon ami, fit le loup, gentiment, très gentiment, d'un ton embarrassé, en crapahutant d'un coin à l'autre du verger, que dois-je faire dans cette catastrophe qui vient s'abattre sur moi ?
- De quelle catastrophe parles-tu ?
- Ne fais pas l'idiot, tu vois très bien que je suis prisonnier dans le verger, impossible de m'en sortir de là...
-« N'as-tu pas fais le nœud de tes mains, tu n'as qu'à le défaire avec tes incisives » ! se moqua "le gros comme le poing", insinuant par là qu'il refuse de l'aider...
- Voyons ! Je te conjure par ce que tu as de plus cher, de me sauver...
- C'est simple lui lança la petite boule d'épines, tu n'as qu'à utiliser une ou deux ruses des quatre-vingt-dix-neuf que tu possède...Ça m'étonnerait que celui qui n'a qu'une seule ruse puisse aider celui qui en a quatre - vingt - dix - neuf...
- Je voudrais que tu me sauves la vie, te dis-je ! Si jamais le propriétaire arrive, il ne me lâchera qu'une fois mort !
- Ne t'avais-je pas conseillé d'arrêter de manger ? Hein ? N'as-tu pas refusé ? Dis-moi ? Moi, je n'avais qu'une seule ruse, et je l'ai épuisé.
- Tu m'as cru lorsque je t'avais dit que j'en détiens quatre - vingt - dix - neuf ruses ? C'est donc ça ? Des foutaises ! La vérité est que je n'en ai aucune, absolument aucune... S'il te plait, tu ne vas pas quand même me laisser affronter ce sort assassin tout seul ? implora le loup les larmes lui serrant la gorge.
Le hérisson, comme il venait d'une contrée où on ne laisse pas tomber un ami quoiqu'il arrive, décida de prêter main forte au prédateur. Rapidement, il élabora un plan et dit :
- Ne reste pas tout près du trou et suis-moi à l'intérieur du verger ...
Le loup exécuta sur-le-champ. Il n'avait qu'à obéir, et aveuglément. C'était sa vie qui était mise en jeu. Le hérisson lui ordonna ensuite de faire le mort : fermer les yeux et se mordre la langue.
- Comment ? Faire le mort ? s'écria le loup en proie à un courroux indomptable, tellement indomptable que notre hérisson sursauta. Je te demande de me sauver la vie et tu ne fais que m'enliser davantage ? Tu penses que c'est ça l'issue ?
- Bon, c'est la ruse, l'unique ruse que j'ai, tu n'as qu'à me laisser continuer ou bien, je file et je t'abandonne fit le hérisson d'un ton sournois.
- Mais il va me tabasser de ses coups de pied ou de son bâton !
Le hérisson alla rebrousser chemin quand le loup acquiesça.
- Je te conseille de fermer les yeux, de mordre sur ta langue, bref de faire le mourant. Surtout, surtout ne donne aucun signe de vie. Garde-toi de bouger ! Tu verras, avec de la patience, tout se passera comme tu le souhaites. Bon, des deux maux, tu n'as qu'à choisir le moindre : deux ou trois coups de bâton, ou bien la mort effective... Moi, j'attendrai dehors, loin du verger. Je n'en dis pas plus.
Dieu, quel traquenard énigmatique devait affronter le loup ? Par quoi va-t-elle se dénouer cette ruse, cette unique ruse confiée au loup ?
L'homme arriva, en s'appuyant sur sa canne. Abasourdi de voir l'état auquel son verger fut réduit : des choux, des tomates découpésjetés à la volée, au hasard. Toute cette verdure, devenue non fraiche, décapitée !...  Il se mit à pester, à crier :
- Oh, mon Dieu, qui est ce maudit qui a causé tant de ravages ?
Le loup l'écoutait, l'écoutait s'approcher... D'un pas alourdi par la stupéfaction, par l'apocalypse qui vient de toucher son potager. L'homme regardait par ci, par là, les yeux grands ouverts cette calamité.
Le loup l'écoutait, écoutait son courroux. Son cœur se mit à battre la chamade. Il avait peur. Il avait peur ? Que suis-je en train de vous raconter ? L'angoisse montant crescendo, était en train de le tortiller, de le ravir, de lui couper le souffle. A certains moments, l'envie d'essayer de fuir, le prenait. Mais où ? Peut-on fuir son destin ? Il resta là, entrain d'attendre, attendre la mort où le salut dont parla le hérisson. Si seulement la sentence fut prononcée ! Parce que des fois, subir le châtiment, dut-il être la mort, vaut mille fois mieux que l'attente de ce châtiment !
- Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu continua à se lamenter l'homme. Quand il aperçut le responsable qui gisait dans son enfer, par terre.
 Ah, te voilà nigaud, fils de pute ! dit-il en accélérant le pas vers la bête cruelle... Mais il est mort se dit –il en la secouant avec son bâton. Tu l'as bien mérité fils de chienne. Tu as de la chance, sinon, c'est moi qui t'aurais tué fit-il.
Il ne l'avait pas frappé, il ne l'avait pas martyrisé. Il le tint par la patte, le tournoya dans le ciel, l'expulsa de toutes ses forces à l'extérieur de l'enclos que le sol en raisonna.
 Ouf ! se plaignit l'homme de la lourdeur du loup, bon débarras ! fit-il excédé en se claquant la main dans la main, pour se les essuyer des traces de la prétendue dépouille.
- Waw ! Waw ! gémit le loup revenant peu à peu à ses esprits. Ces cris se répandirent dans l'atmosphère. En boitant, en hurlant, il rejoignit son compagnon.
- Rejeton adultérin ! s'écria l'homme sortant de sa catatonie, à la vue du loup vivant, tu me payeras ça très cher, la prochaine fois...
-Ce dur coup a eu tout de même du bon pour toi ! fit le hérisson en souriant.
- Qu'est-ce que tu sous-entends par là ?
- Rien ! Rien ! répliqua le hérisson
- Je suis bel et bien en vie grâce à mes quatre dix-neuf ruses.
- Le voilà qui insiste sur un mensonge !
Notre hérisson hocha la tête, en signe d'indignation. Maintenant qu'il lui a sauvé la vie, sa ruse ne valait rien, lui-même le hérisson ne valait rien aux yeux de la bête.
Ils marchèrent, marchèrent et marchèrent.
Sans que le hérisson dise quelque chose.
Soudain, nos deux compères eurent soif, et le loup de dire :
- J'ai soif, ils nous faut trouver un breuvage !
Ils cherchèrent, cherchèrent, et cherchèrent
Et finirent par tomber sur un puit, un puit où il faisait noir comme dans la gueule du loup. Le hérisson invita le loup à descendre pour boire.
- Moi aussi, je n'ai qu'une seule vie, et je ne suis pas prêt à la perdre comme tout à l'heure, vas-y, toi dit-il au hérisson.
Ce dernier sauta dans le seau. Aussitôt, l'autre paire de seau, s'éleva.
- Tu es parvenu à boire de l'eau ? demanda le loup assoiffé à son compagnon.
- oui, qu'elle est douce cette eau, et rafraîchissante lui dit le hérisson après s'être désaltéré et d'un ton alléchant.
- Apporte-moi s'il te plait à boire !
- Tu n'à qu'à fouiller dans tes quatre-vingts - dix-neuf ruses, elles pourront t'être utiles comme elle l'ont toujours été, répliqua le hérisson en riant sarcastiquement, moi, je n'ai qu'une ruse.
- S'il te plait, voyons !
Content, très content, le hérisson lui suggéra de sauter dans l'autre seau.
D'un bond, le pauvre prédateur fut dans le seau que l'on voyait s'abaisser comme une flèche dans les ténèbres. Le hérisson fut propulsé à l'extérieur du puit, sur le sol.
Il s'en alla, s'en alla tout seul cette fois, mais de temps à autre, il se retournait pour voir ce qu'il en était advenu du loup.
Aucune trace de celui qui fut pour un moment son compagnon !
Aucune trace de celui qui surprit un groupe d'hommes venus chercher l'eau du puit !
Aucune trace du pauvre loup qui a cédé l'âme après être tabassé à mort de coups de bâton !
Mon conte s'est écoulé avec l'eau de la rivière, et je suis restée avec les gens du bien :)

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Auteur

Marjoline

24-11-2013

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Je n'ai qu'une seule ruse... n'appartient à aucun recueil

 

Conte, Légende ou Autre terminé ! Merci à Marjoline.

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