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Fantasmes - Histoire Courte

Histoire Courte "Fantasmes" est une histoire courte mise en ligne par "Isdanitov"..

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Fantasmes

 

Si je vous disais avoir pris une truite de quatre-vingt-douze centimètres aujourd'hui, comment réagiriez-vous, hein ? Eh, oui !...


Avouez que ça vous en bouche un coin !


Pas mal pour une journée d'ouverture, non !?


J'en connais qui me demanderaient, où ? Et ils auraient raison. Patience, ne mettons pas la charrue avant les boeufs, vous saurez tout !... Commençons par le commencement parce qu'il y a matière à !

Jour ''J'', six heures et quart ! 


Je bondis du lit avant même que le réveil ne me joue "Eine kleine Nachtmuzik'' pour mieux me faire regretter de me lever. Pas cette fois, Wolfgang, j'ai à faire ! Je n'ai jamais trouvé un réveil me jouant '' La Truite'' de Schubert, alors je suis rabattu sur celui-ci.

Ma douce et tendre épouse m'enlace, tente de me retenir par tous les moyens dont elle dispose mais, rien n'y fait ! Elle se love, joue de son corps, m'enserre, m'embrasse, me cajole, j'en passe que la morale réprouve et puis aussi, dans le fond, parce que ça ne vous regarde pas, bande de pervers ! A se demander pourquoi vous me lisez !  


Désolé, chérie ce sera pour ce soir, que je lui dis, les grosses m'attendent... Ce soir, c'est promis, ma belle et c'est vrai qu'elle est bien jolie ma petite femme !  


Doucement, je referme la porte de la chambre à coucher après lui avoir fait les promesses les plus folles. La nuit prochaine sera fabuleuse !


Je me prépare et en trente secondes, je suis fin prêt. Certes, je suis encore tout émoustillé mais, en homme d'action je parviens à me reconcentrer. Aujourd' hui c'est l'ouverture, rien ne m'arrête ! 


Le café, délicieuse promesse de l'aube, percole rapidement, les arômes titillent mes narines tandis que ma tartine se beurre et se confiturise toute seule. Preste,  je porte celle-ci à mes lèvres purpurines, déguste mon café qui n'a jamais éte meilleur et je bondis dans le printemps radieux ! 


En quelques minutes me voici projeté au bord de l'eau sans que ma vue ne rencontre le moindre con qui aurait pu avoir la même idée que moi ! Seul au monde ! Je suis à la pêche sans le moindre quidam pour m'enquiquiner et la promesse d'une nuit d'amour fabuleuse avec la femme de ma vie ! 


C'est pas beau la vie ? !


L'avenir s'annonce sous les meilleurs auspices. 


Tandis que je monte ma canne, les gobages succèdent aux gobages. Soudain, à vingt mètres, une première truite d'environ cinquante centimètres me fait son cirque. Calme et serein je contrôle mon matériel et je choisis de débuter avec un beau palmer flottant haut ! Le temps est radieux, le vent nul. Les pieds dans l'eau, j'étire la soie. En quelques mouvements j'atteins la bonne distance. Hop, je pose la soie en douceur, le bas de ligne se déroule, la mouche se pose délicatement à quelques centimètres de la tenue de la belle qui me nargue. Légère dérive, aspiration sonore, ''cloc !'', ferrage ! Pendue ! 


La truite démarre, saute, encore. Plonge, sonde, prend du fil rapidement et s'éloigne vers le large. Magistral je contrôle le dévidement du moulin et je dirige la truite de la pointe de ma canne. Contrée elle s'entête mais elle sait à qui elle a à faire et finit par se rendre ! Quelques minutes plus tard elle franchit le bord de mon épuisette dans laquelle je la libére de son hameçon. 


Vite, je la mesure, cinquante et un centimètres, quand même,  petite photo et la voilà repartie en pleine forme. 


Il est à peine huit heures et je peux déjà considérer mon ouverture comme réussie. J'ai une petite pensée pour les copains... Les pauvres...J'me  marre !... Yan ? enfoncé ! Quatorze truites dont deux de plus de trente !.. Arf, le gars !... Laisse-moi rire ! Une de cinquante et un à mon premier lancer...

Satisfait, je connais une période un peu creuse et j'en profite pour changer de coin. Bien m'en prend ! 


A peine arrivé que je vois des alevins s'étioler sous la chasse d'une truite dont j'aperçois le dos, dorsale et adipeuse comprises ! Pas de doute, c'est de la truite et une belle ! Soixante-quinze en première approximation ! Quelques instants plus tard elle glisse à la surface de l'eau sous la traction de la canne et accuse soixante-dix huit à l'épuisette ! "Rien que du bonheur ! ", la laide expression. Je suis aux anges ! La matinée se poursuit sur le même rythme! C'est fou! Ce n'est pas fini pour autant. Quatre autres truites entre soixante et soixante-quinze, en plus des deux premières, viendront compléter le tableau avant midi ! Et puis...


Sur le coup de treize heures je m'octroie un petit somme ! Je songe à la promesse faite à l'amour de ma vie. Il s'agit d'être en forme pour ce soir ! 


Vers quinze heures je me reveille, d'aplomb. Je me sens comme à vingt ans. Fini les articulations douloureuses, les problèmes gastriques! J'ai dormi comme un loir au milieu d'une nature magnifique. Je baille et m'étire quand soudain, Moby Dick bondit ! 

Un poisson fabuleux, là devant moi. Une truite géante brise la surface rutilante du lac et retombe sur son flanc dans un éclaboussement prodigieux ! Une première fois, une deuxième fois et, pour mieux me narguer, une troisième fois ! 

Pas de doute, c'est le poisson que je traque ! Il me le faut, il est à moi. Pour le séduire je choisis une French Tricolore ! J'étends la soie vers le gobage que j'aperçois à une vingtaine de mètres. 

Elle m'attend, dirait-on. 

La mouche dérive lentement à la surface. Gobage !... Je n'en reviens pas !  Bien sûr, c'est pour voir ça que l'on pêche, bien sûr que je m'y attendais sans quoi je ne l'aurais même pas tentée mais, de là à ce que ça se produise !  La journée est magique, fantastique ! Je me marre en pensant encore une fois à la tête des copains à qui je vais raconter ça!... Le HEROS du jour ! Roland à Ronceveau sans y rester, et en revenir ! 

Ferrage ample ! Elle est dessus ! J'ai l'impression d'avoir ferré un arbre ! Le poisson réagit immédiatement et me sort les derniers mètres de la soie avant le backing en moins de deux secondes ! Ce n'est pas une truite, c'est une fusée, un missile, un... exocet ! Impossible de la contrer, je penche la canne d'un côté et de l'autre mais rien n'y fait. Elle ne ralentit ni sa course ni infléchit sa direction. Le moulin se vide !


Encore ! 


Toujours ! 


Il me reste cinquante mètres de backing ! Quarante ! Trente ! La truite ralentit mais continue à tirer ! Vingt mètres de backing et s'en sera fini... enfin elle se stabilise tandis que j'aperçois le moyeu de mon moulin au travers des spires du backing ! Il doit en rester moins de dix mètres , je tente un mouvement de canne, elle part dans l'autre direction et je recupère environ cinq mètres de fil.

Elle est fatiguée par son rush mais elle en garde sous la nageoire ! 

Il me faudra près d'une heure d'un combat impitoyable pour l'amener à ma portée. Je tente de l'épuiseter mais elle ne rentre pas dans l'épuisette. Je la dirige alors vers la berge et l'échoue à moitié sur le gravier. Elle se rend et glisse à la surface. A genoux, Je l'enserre entre mes jambes pour qu'elle ne reparte pas et je la mesure : quatre-vingt douze centimètres. Je suis ému... Un bisou et la voilà repartie. Merci ! 


Meeeerde !.. j'ai pas fait de photo... Tant pis, je ne l'oublierai pas.


Tandis que je la regarde s'éloigner lentement, une clameur retentit dans mon dos. Je me retourne et ils sont tous là à m'applaudir! Je reconnaîs Halford, Lord Grey of Fallodon, Hemingway, Walton, Zane Grey, Clostermann, Pelletier, Hardy, Greenwell, Bresson, Skues, Poirot,... les copains ! Qu'est-ce qu'ils foutent là ?


Même Arthur est revenu dare-dare des Antipodes et m'acclame ! 


Incroyable ! Chaque homme a droit à son quart de gloire !


-"Apprends-nous!", supplie l'assemblée... 


-"Nous pensions savoir, nous ne savions pas, nous n'étions que des nains!", s'excusent-ils en choeur... et de répéter cette même phrase inlassablement, à m'en donner chaud au coeur et le rouge aux joues, vous connaissez ma modestie.


C'est alors que je prends conscience que l'on me secoue par l'épaule. Dans une torpeur dont j'ai du mal à m'extraire ma femme me dit ''il est l'heure, t'entends pas le réveil?''. Je l'éteins alors et, réveillé, fidèle à la promesse de mon rêve, ben oui, je rêvais, je tente d'étreindre doucement mon épouse... 


-"Ah non, hein ! Laisse-moi dormir! On est dimanche... Tu voulais te lever tôt pour aller pêcher, t'es servi! Il pleut!...", fait-elle en se rendormant.


Penaud et dépité je me lève alors dans l'obscurité du petit matin pluvieux et venteux.

Pfff..., dormi trop tard ! D'humeur maussade je suis prêt à en découdre avec l'Humanité entière. Saloperie de temps, pour une fois que je vais à la pêche !


Quel rêve aussi...


Comment, que dites-vous? 


Ah ! Oui ! Oui ! Bredouille aujourd'hui !...Pourquoi ? Tu me cherches ?!

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Isdanitov

02-07-2017

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Fantasmes appartient au recueil Carnets de pêche

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Isdanitov.

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