Mode Application Mode Site
Rechercher

Connexion

Utiliser son compte Facebook

Si vous avez déjà autorisé DPP, la connexion devrait se faire automatiquement. Si ce n'est pas le cas, cliquez de nouveau sur le bouton se connecter ci-dessous.

En cas de problème de connexion

Accédez directement depuis Facebook

Utilisez vos identifiants

Veuillez entrer vos identifiants

S'inscrire
Mot de passe oublié ?

Et ce voyage... - Texte

Texte "Et ce voyage..." est un texte mis en ligne par "Guillemette".. Venez publier un texte !
Afficher : Complet ou page : 1

Et ce voyage...


 

 

Sur la table les photographies se sont abandonnées sous ses yeux, un album de cuir marine, une large page ouverte, puis une autre et les minois satinés d'années perdues reviennent, oubliés.

Les doigts défaillent, il y a si longtemps, les lèvres vieux rose tremblent encore, si longtemps sûrement. Elle parle en douce, de peur d’être entendue, frôle le brillant un peu flou des visages offerts, cette petite figure sur papier brillant, c’est elle, elle petit miroir, il y a si longtemps. Reflet de vie, désirs de se lancer les bras en avant quelque part.

 

" C'est toi ? C’est toi évidemment, j'entends comme la clochette de ces cours de récréation, des enfants espiègles et chahuteuses qui courent, blouses bleues, doigts mouchetés d'encres acidulées, arrachées aux plumes rigides des religieuses sans cornettes, tristes, tristes, fatalistes aussi ; les yeux perplexes sur ces rimbambelles de filles qu'elles ont oublié d’être peut-être, ou comme des petits doubles hachés par la mémoire.

Oubliées oubliées, les nattes folles, les élastiques qui font mal aux cheveux, les chignons, les pointes sur un plancher rose de minuscules étoiles, et cette poussière.

 

C'est toi ? Souvent j'aurais voulu m'asseoir et penser à toi, j'ai passé ma vie à ne pas te chercher, à te gommer sans relâche, à ne pas t'entendre murmurer tes plaintes, tu pleurais pour un rien, tu te souviens ?

C'est vrai que tu avais envie de cela, pleurer dès qu'il fallait discuter, tu sentais venir les piques aux paupières et vite tu respirais, tu cachais, cloisonnais ; ou bien tu fuyais, tu te murais, passant des années à ne pas dire ce que toi tu subissais comme humiliation sous ce préau, dans ces classes préfabriquées, au coeur de la vaste cour crayeuse, assise sur ta chaise dure, debout sous les hoquets hargneux d'une vieille fille assassine, tu n'as jamais bronché.

 

Tu n'as pas parlé, tout allait bien, tu ne faisais travailler, en soupape puérile de sécurité, que ton imagination, pour te sauver, pour éviter de devenir un pantin avec en prime une âme de plomb.

Debout, sous les outrages, debout sous les brimades, les allusions, pas de coup jamais, que des mots, ceux qui t’ont fait te recroqueviller doucement.

C’était toi cette poupée lointaine, l'œil parfois humide, mais les dents serrées sur un grand cri retenu toute une vie.

 

Comme parvenais-tu à sourire encore sur ces belles photos de toi, en col sage, petits boutons, robes velours, noeuds bleus, elle est mignonne mais elle ne semble pas savoir réfléchir beaucoup, elle est gentille, nous lui ferons faire du piano et de la danse.

Et tu souffrais, des gammes lentes aux chaussons de fer, légère sylphide, offrant une expression de satisfaction de surface, petite vitrine sans ardeur, sans passion, tu voguais ici, là où on te disait d'aller, tu as vu ? Tu n’as pas pris le temps, et pourtant il ne t’en aurait pas voulu, le temps, de profiter de ses airs et de ses heures.

 

Tu as attendu des années avant d'oser exprimer, d'un peu dire, elles ne sont pas gentilles, on t'en a arrachée, vite, parfois les grands lorsqu’ils vous sauvent sont plus près de vous noyer. Et ils t’ont ramenée à la maison.

Pour plus de commodité ils t'ont laissé aller au collège tout près, mauvaise réputation mais gratuit, pour ce qu'elle y ferait, il valait mieux la mettre là de toutes façons c'est un très bon choix, elle est contente la petite? Ah ? vous ne savez pas ?

 

Tu as grandi n'importe comment, herbe folle, folle folle que tu es là, à gratter la cire de la table, ces miettes de pain là qui traînent après un goûter immobile.

C'était toi ? Pourquoi sur les images ne peut-on pas voir couler nos larmes, et ce sourire de convenance, tu savais bien le prendre allez, félicitations, tableau d’honneur de l’enfantine persévérance."

 

Le front sur la table elle ne bouge plus, ses mains d'enfant ridées et délicates ne tressaillent même pas, le vent souffle dehors emportant ses couleurs, ses rêves de rire, ses fantômes déchirés. Une ombre sur elle tout en douceur est passée.

 

« Viens, viens te retrouver, viens te souvenir de cette petite fille droite et sage qui pour respirer une dernière fois et passer sur l’autre rivage n'attendait plus que moi. »

 

 

 

 

Partager Facebook

Note Globale

+13

Auteur

Guillemette

13-10-2011

"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu." Lire/Ecrire Commentaires Commentaire
Et ce voyage... appartient au recueil Dans la marge.

 

Texte terminé ! Merci à Guillemette.

Tous les Textes publiés sur : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.