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Dessine-moi tes peurs - Nouvelle

Nouvelle "Dessine-moi tes peurs" est une nouvelle mise en ligne par "DDanse"..

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Dessine-moi tes peurs

 

« Toute l’argumentation est dans l’intro. Si vous ratez votre intro, vous ratez votre argumentation, compris ? Vous pouvez toujours vous rattraper sur vos arguments, mais dans ce cas choisissez les biens. »

Ouais ouais ouais. Compris, on m’a déjà fait le speech l’année dernière, si je suis venue en L c’est que j’ai pigé ton truc. Je déteste cette prof. Elle nous parle comme à des bébés sixièmes. On est en première L on sait faire une argumentation merci. Encore les S je dis pas, eux leurs délires c’est les chiffres, mais en L arrêtes avec ton argumentation et tu nous fais un cours digne de première. Oui, je hais cette prof. Soit j’adore, soit je hais. Il n’y a pas de demi-mesures. C’est simple, c’est oui, ou non. Là, en l’occurrence, c’est non. Et puis même dans sa manière d’être il y a des trucs que je n’aime pas. Elle puni pour rien et elle est froide, méchante, elle ne sourit jamais. Ça sent la prof qui a ou a eu une vie de merde et des problèmes, et qui rejette sa haine sur nous. Elle n’est pas foutue de faire les choses respectueusement. Je suis sûre qu’en vous la décrivant vous pensez pareil que moi. Mon voisin à l’air du même avis étant donné qu’il s’en fou royalement du cours. Il est concentré à dessiner sur une feuille blanche. Il a dessiné un chat noir à gauche de la feuille, qui, je précise, est en paysage. Je regarde attentivement sa façon de dessiner et c’est tellement naturel qu’on dirait que c’est le crayon qui dessine. C’est fluide et … Fluide. Je le regarde. Il a l’air tellement concentré c’est impressionnant. Comme si il ne me voyait pas. Comme si il n’entendait rien et ne voyait rien tant qu’il a son crayon dans la main. J’ai envie de lui enlever. Juste pour voir sa réaction. Il a la mâchoire serrée. Les sourcils froncés. Je me tourne vers Emma.

« Il est quelle heure ? »

Elle regarde sa montre.

« 17h37. 

- Merci. »

Encore 20 minutes. Je le re-regarde. Il a du charme. Je pourrais pas dire qu’il est canon, mais il est pas moche. Il a du charme. Et il sent bon. Je regarde son crayon entrain de dessiner. J’ai envie de lui prendre. Il pourrait mal réagir … Je ne sais pas. Tant pis, la curiosité est un vilain défaut. Je lâche le crayon que j’ai dans les mains, et j’attrape le sien. Il ne réagit pas pendant quelques secondes, puis il finit par me demander, toujours les yeux fixés sur le dessin :

« Pourquoi ? »

C’est tout sauf la réaction que j’attendais.

« En fait je sais pas. J’avais envie de voir ta réaction. »

Et même s’il a essayé de le cacher, j’ai vu son léger sourire en coin.

« Il est quelle heure ?
- 17h38. »

Il me fixe. On dirait qu’il ne comprend pas. Il sort son téléphone de son sac et allume l’écran. 17h38, bingo. Je le vois déjà arriver avec son ‘Comment t’as fait ?’

« - Comment …
- Comment j’ai fais ?
- Heu, ben oui.
- C’est de la magie. »

Il sourit intérieurement, je le vois dans ses yeux ahah. Cette fois il ne cache pas son sourire. Puis il me reprend le crayon et continue de dessiner. Enfin c’est le crayon qui dessine évidemment. Il finit son chat, puis s’arrête de dessiner. Il regarde le chat, pendant une vingtaine de secondes. Il prend une gomme et efface tout. C’est nul. Son chat était tellement beau.

« Pourquoi tu l’a effacé ? Il était magnifique !

- La machoire était trop épaisse, les moustaches trop grandes, et le regarde pas assez profond pour un chat. Il était moche. »

N’importe quoi ! Il n’y a que les gens qui dessinent pour dire des choses comme ça. Il était vraiment magnifique on aurait dit un vrai. Je soupire et je copie les quelques phrases écrites au tableau. Puis je m’affale sur ma chaise, le dos courbé sur le dossier, et les bras croisé. Je me rends compte que je prends une posture de repli et de défense. Je n’avais pas l’impression d’être menacée pourtant. Je jette un coup au cahier de mon voisin. Il ne recommence même pas son chat. Il dessine un visage. C’est vraiment fluide, je n’ai pas d’autre mot. Il fait ça d’un naturel ! Les yeux sont vraiment magnifiques. J’ai une passion pour les yeux. C’est vraiment profond, on y apprend beaucoup de choses.

« C’est le crayon qui dessine tout seul ou c’est toi ? »

Sans me regarder, il lâche un petit rire, et continue son dessin. Il réfléchit en même temps qu’il dessine, je sais qu’il ne fait pas que dessiner. Ses sourcils sont froncés, sous l’effet de la concentration, et il a la mâchoire serrée. Il soupire.

« On va faire une jeu. »

Je le regarde. Je ne comprends pas ce qu’il veut dire. Je jette un œil à ses yeux, mais je n’y vois rien qui puisse m’aider à comprendre son but. Je me contente de répondre simplement :

« Ça consiste en quoi ? »

Il sourit. Je sais qu’il a un but en tête, mais je ne sais pas quoi, et c’est ça qui le fait sourire car il a une emprise sur moi.

« Je vais dessiner tes peurs. »

Mon cœur commence à accelerer ses battements.

« Je n’ai pas envie de te dire mes peurs. C’est trop personnel. »

Il sourit une seconde fois, en sortant une feuille blanche de son cahier.

« Je vais les deviner. »

Ça ne se devine pas. Je suis sûre qu’il bluff. Ça ne se devine pas. Je ne sais pas si je suis sceptique ou si je tente de me rassurer car que je sais qu’il en est capable. Il est assuré dans ce qu’il fait donc je commence à flipper parce que je ne veux pas qu’il joue de moi comme ça. Il regarde sa feuille blanche, puis me regarde dans les yeux. Il me fixe et ne dit rien. Sauf qu’il me stresse. Je croise les bras, et les chevilles. Il commence à dessiner. J’essaye de deviner ce qu’il fait. Il trace des traits plutôt droits. Déjà ça n’est ni un chat, ni un visage. Ce sont des lettres. La première est un I majuscule. C’est moche comment il fait ça en plus. Tout est droit, structuré. On dirait des bâtons. J’aime pas du tout. Il laisse une espace et dessine un K, tout droit, de la même manière que le I. Puis viens le N, le O, et le W. Je le regarde faire attentivement en attendant de voir le résultat. Il alterne entre dessiner, me regarder, puis dessiner, et me regarder. C’est très gênant. Il fini par dessiner les lettres Y, O, et U. Ce qui donne I KNOW YOU. De l’anglais ‘Je te connais.’

« I know you ? 

- Exacte. »

Je cherche à comprendre.

« Expliques.

- Quand je t’ai dit que j’allais deviner tes peurs, tu as paniqué justement. Donc première peur : Tu as peur qu’on te connaisse personnellement. »

C’est extrêmement flippant.

« Comment tu as su que j’avais paniqué ?

- Tu as croisé tes bras, tes chevilles, et tes respirations se sont accélérées. »

J’avale ma salive et je me force à décroiser mes bras pour l’empêcher de m’analyser plus.

« Tu es un bon observateur, je dois l’admettre. »

Il recommence à dessiner. Comment il fait ça ? Là je n’ai rien dit, rien fait, il ne peut pas avoir deviné autre chose ! Je regarde donc sa main faire. Il dessine une personne, debout. Je crois déduire d’après le visage que c’est moi. En tout cas ça me ressemble. Je n’ai pas à poser la question qu’il me dit que c’est moi. Il faut croire qu’il arrive aussi à lire dans les pensées. Il me dessine entrain de pointer quelque chose du doigt. Puis en face de mon doigt il dessine une seconde personne. Je ne la reconnais pas. Ce doit être une personne lambda. Cette personne pleure. Je regarde sa main tracer des trais fins. Au-dessus de la tête de la personne lambda il dessine un cœur. Peur d’aimer ? Il se trompe. Je n’ai pas peur d’aimer. Il me regarde, je le regarde aussi. Il sourit puis il continuer de dessiner. Il retouche le cœur pour en faire un cœur brisé. Oh, je vois. Comment il sait ? Bordel.

« Peur de blesser les autres. »

Je recroise les bras inconsciemment. Mon corps tente de me protéger. Je ne sais pas quoi dire alors je ne dis rien. Si je dis rien il ne devinera rien.

« J’ai vu juste ? »

Je secoue la tête. Il a raison.

« Comment t’as fait ? C’est mes yeux c’est ça ? T’as étudié comment je me

comportais ? »

Je le vois sourire encore une fois et ça m’énerve parce qu’il a raison. Argh c’est extrêmement frustrant. Je ne sais pas quoi faire je suis gênée.

« Non, rien de tout ça. Tout à l’heure tu as dessiné sur ton cahier, en coin de page. »

Je jette une œil à mon dessin, si on peut appeler ça comme ça. C’est juste un gribouillage, j’ai noircit le coin de la page.

« Et ?

- Et tu as noirci le coin de la page. Tu sais, on fait tous des petits gribouillages inconsciemment. Quand on est au téléphone par exemple, ou en cours aussi. On dessine sans s’en rendre compte. »

J’hoche la tête pour approuver.

« Et ben en psychologie, quand on noirci le coin de la page, cela signifie qu’on a la tête remplie d’idée, et qu’on a besoin d’évacuer.

- Peut-être mais ça n’a rien à voir avec la peur de blesser les autres.

- Si. Tu as besoin d’évacuer, comme toute personne normale. Pourtant tu ne le fais pas. C’est parce que tu as peur de t’emporter si tu sors ce qu’il se passe dans ta tête. T’as peur de t’emporter et de blesser les autres. »

J’ouvre la bouche pour rétorquer, mais rien ne sort. Je la referme et je soupire. C’est frustrant.

« Il est horrible ton jeu. »

Il sourit. Ouais c’est ça, sourit. Il revient à son dessin et continue. Putain c’est pas vrai il s’arrête jamais ce mec ? Ne me dit pas qu’il a encore trouvé une peur. Plus jamais je me mets à côté de lui. Il dessine encore une personne. Un homme cette fois. L’homme est dans son fauteuil et il nous regarde. Il tient un stylo et un carnet. Oh non. C’est un psy. La peur des psychologues. Ce mec est un mentaliste, c’est pas possible. Puis d’un coup je comprends comment il a fait.

« Pas la peine de m’expliquer j’ai compris. A tous les coups tout à l’heure quand tu as parlé de psychologie j’ai réagis inconsciemment et tu en as déduit que quelque chose me dérangeait dans la psychologie. Tu t’es dit que comme j’ai peur qu’on me connaisse  et qu’on me comprenne, je devais avoir peur des psychologues, puisqu’ils comprennent les gens. »

Il me scrute.

« Fascinante, perspicace. »

Argh, arrêtes. Je regarde mon téléphone. Ça sonne dans 5 minutes. Pitié, faites que ça passe vite. Il continue de dessiner et je commence à avoir envie de pleurer parce que c’est pas drôle et que je n’aime pas qu’il fasse ça. J’ai peur de tout aussi c’est trop facile. Il dessine une abeille et une araignée, puis un gouffre, et une tête de mort. Evidemment il a tout juste. Je reste tout de même intriguée de savoir comment il a fait. Lorsque je lui demande, il hésite à me le dire. Puis il m’avoue que ça, ça remonte à quelques jours. Pour les insectes, il m’a vu dans la cour fuir face à une abeille. Pour la peur du vide, il a dit que pendant les heures de sports à la piscine, j’étais instable sur les plots, et que je ne me mettais jamais debout avant de plonger. Je m’accroupissais directement et il n’a pas tort. J’ai peur de me mettre debout sur les plots parce que c’est un peu haut. Et que j’ai peur du vide à partir du moment où ça dépasse ma hauteur. Je suis à la fois touchée car ça veut dire qu’il m’observe donc je ne le laisse pas indifférente, mais aussi assez gênée qu’il puisse déduire tout ça de moi aussi facilement. Il continue :

« Pour ce qui est de la peur de mourir …

- Tout le monde a peur de mourir, elle était facile celle-là.

- C’est vrai ahah. »

Je tiens à reprendre un peu de fierté alors je tente de le narguer.

« Il y en a d’autres que tu n’as pas trouvé.

- Je sais, tu as beaucoup de peurs, comme tout le monde. Mais ce que je trouve bien c’est que tu en as conscience. Peu de gens ont conscience de leurs peurs.

- Merci. Je sais que tu as conscience des tiennes aussi. »

Il hoche la tête.

« Je vais te dire celles que tu n’as pas trouvé, et en échange tu me dis les tiennes d’accord ?

- D’accord. »

J’inspire une grande bouffée et je me lance. Je commence par la peur de conduire. Je lui explique que conduire me terrifie car j’ai peur d’avoir des accidents et de mourir. Toutes les peurs sont liées à la peur de mourir. Mais j’ai aussi la responsabilité d’avoir la vie des autres en jeu quand je conduis, ce qui me terrifie encore plus. En plus, il faut être conscient de tout, tout le temps. Et je suis facilement éblouit. Je déteste conduire. Puis je finis par la peur des éoliennes. Il rigole, et se fait au passage réprimander par la prof.

« Les éoliennes, vraiment ?

- Roh, tais-toi ! J’ai pas vraiment peur des éoliennes, mais ça me frustre depuis que je suis petite et je ne sais pas pourquoi.

- C’est chou.

- A toi maintenant, t’as promis ! »

Il dessine vite fait une voiture et une éolienne sur la feuille qui représente mes peurs, puis il me regarde.

« D’accord. »

Il range son crayon dans sa trousse.

« J’ai peur des chiens car quand j’étais petit je me suis fait mordre. J’ai aussi peur de mourir, normal. J’ai peur d’aimer, car on est facilement blessé quand on aime. J’ai peur du vide moi aussi, mais j’aime ça à la fois. Et en guise de peur originale, j’ai peur des cadenas.

- Peur des cadenas ?

- Oui, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs. Je n’ai jamais su, mais ça me fait toujours bizarre quand j’en vois un ou que j’en ai un. »

Je réfléchis à sa peur des cadenas quand la sonnerie retentis. Il range ses affaires et je fais de même. Il me tape l’épaule, je me retourne et lui envoie un regard interrogateur. Il me tend le dessin.

« Tiens, c’est toi. »

C’est moi. C’est mes peurs, pas moi. Après réflexion, nos peurs nous définissent. On agit en fonction d’elles, il n’a pas tort. C’est moi. Je prends mon sac et le met sur mon dos. Avant de partir, je lui tape l’épaule. Il se retourne et me regarde.

« On ne peut pas ouvrir les cadenas. »

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DDanse

09-08-2017

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Dessine-moi tes peurs n'appartient à aucun recueil

 

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