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Dernier message - Histoire Courte

Histoire Courte "Dernier message" est une histoire courte mise en ligne par "Emeric Velliet".. Venez publier une histoire courte !
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DERNIER MESSAGE

 



Ce matin, j’ai trouvé dans ma chaussette de Noël (elle est grande) un lecteur/enregistreur de DVD dernier cri.

J’étais aux anges, bien sûr.

Mais j’aurais du me méfier. Sa marque était inconnue.

C'était un… TOUSHZYPA.

Comme un gamin, je me suis précipité dessus. Comme un gamin, j’ai laissé de côté avec un souverain mépris le manuel de l’utilisateur.

J’ai inséré le DVD gracieusement fourni avec l’appareil. Je ne me souviens plus de son titre, un truc du genre « Une vie », mais ça paraissait pas mal.

Et là, surprise. Au pluriel, en fait.

D’abord, l’appareil fonctionnait sans être branché. Ça aussi, c’était bizarre. Mais à cheval donné on ne regarde pas les dents, s’pas ?

Ensuite, quand j’ai enfoncé le bouton « play », j’ai vu un bébé apparaître sur l’écran. Un total inconnu, encore tout plein de substances pas très ragoûtantes, à peine sorti de la matrice maternelle.

J’ai d’abord ouvert des yeux ronds. Mais, comme la séquence traînait un peu en longueur, j’ai appuyé sur le bouton « avance rapide ». Le bébé grandissait, son visage changeait peu à peu. D’autres personnes entraient dans le champ de la caméra et là, mon cœur a bondi dans ma poitrine.

Les adultes que je voyais à l’écran, c’étaient mes parents.

J’ai appuyé sur "pause", le temps de reprendre mes esprits. Mon cœur battait toujours la chamade. Je commençais à réaliser ce qu’était ce DVD.

Curiosité, quand tu nous tiens…

J’ai appuyé plusieurs fois de suite sur « chapitre suivant ».

Bien sûr, vous savez ce que j’ai vu.

Moi en premier communiant, au lycée Pasteur, à la Fac de droit.

Isabelle, la femme qui m’a fait homme, le temps d’un instant dont la brièveté m’a marqué pour toujours au fer incandescent de la honte des mâles.

Paris, les manifs contre je ne sais plus quel projet. Les gardes mobiles, les CRS que je prenais en photo.

Toutes ces images défilaient devant mes yeux atterrés. Mais je ne pouvais pas me détacher de l’écran.

Et j’ai sollicité les chapitres suivants.

Le voyage en Inde. Les copines. La prestation de serment. Le service militaire. Le voyage en Thaïlande. Le mariage. La naissance de mes enfants, moi, ma blouse, mon chapeau de papier et mes chaussons bleus stériles de schtroumpf anxieux. Le divorce. Le remariage. Les changements de cabinet.

J'ai fait "pause".

J’avais le tournis. J'avais peur. Et un étrange goût amer dans la bouche.

Et j’ai pourtant de nouveau appuyé sur « play ».

Je me suis vu au clavier, intégrant De Plume en Plume, rédigeant, souriant devant mon écran, envoyant écrits, commentaires, messages.

J’aurais dû arrêter là. C’était bien. C'était mieux que tout ce que j'avais connu avant.

Mais pourquoi, simple mortel, aurais-je été plus fort qu’Icare ? Qu’Orphée ? Qu’Héraclès lui-même ?

Je n’ai pas pu m’en empêcher.

Je voulais savoir.

J’ai de nouveau sélectionné « avance rapide ».

Je ne peux pas vous décrire ce que j’ai vu alors. Ça fait trop mal.

J’ai voulu arrêter, mais le TOUSHZYPA ne répondait plus. Les semaines, les mois, les années défilaient à toute vitesse.

J’ai lâché la télécommande, j’ai ouvert fébrilement le manuel de l’utilisateur. Les images défilaient, les pages aussi.

La page 27 m’a fait sauter plusieurs battements de cœur. Je vous jure que c’est vrai.

Il y était écrit textuellement, sous la mention « ATTENTION » : L’utilisateur doit savoir qu’au second déclenchement de la touche « avance rapide », il n’est plus possible d’arrêter l’appareil.

A l’écran, je porte à présent une barbe blanche, comme le sont mes cheveux. Je marche avec une canne. Mes jambes ne me portent plus.

Affolé, je regarde mes mains crispées sur le manuel. Leur peau se ride à vue d'oeil. Mes doigts se recroquevillent.

Je ne sais pas combien de temps il me reste, l’appareil ne l’indique pas.

Saloperie de technologie de merde.

Je tape comme un furieux sur mon clavier. Pour vous dire combien je regrette chaque instant ou je vous ai fait souffrir. Pour vous dire que vous êtes la plus belle chose qui me soit arrivée. Pour vous dire que je vous aime.

Et que, si je le pouvais, je…

« Bzzzzz » a fait l’appareil en recrachant le DVD.

Trop tard.


Et merde.

 

 

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Auteur

Emeric Velliet

08-10-2011

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Dernier message n'appartient à aucun recueil

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Emeric Velliet.

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