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Curriculum vitae - Histoire Courte

Histoire Courte "Curriculum vitae" est une histoire courte mise en ligne par "Quatrelle".. Venez publier une histoire courte !
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Curriculum vitae

 

 

 

A peine soufflées les sept bougies fichées dans mon gâteau préféré, la feuille d’automne, quelqu’un me posa la question rituelle "et que veux-tu faire quand tu seras grande, mon poussinou ?", je répondis "tueur à gages". Toute la famille s’esclaffa, Grand-Mère en pleura. Mais ce n'était pas pour rire ! Je n'ai jamais voulu être princesse, infirmière ou maîtresse d'école, moi. Non. Tueur, ou plutôt tueuse à gages me semblait une bien meilleure idée, et je me mis très vite au travail pour réaliser mon rêve.

A l'école, je proposais mes services à mes camarades en délicatesse avec d'autres. J'aimais particulièrement couper les nattes des filles blondes : je me glissais derrière elles, profitant d'un moment de concentration intense, l'heure du conte, par exemple, et au moment propice, je sortais les ciseaux de couture de Grand-Mère et tranchais une natte, puis l'autre. Les cheveux lisses et soyeux crissaient délicieusement sous les lames et se répandaient sans bruit sur le sol.

Au fil du temps, je peaufinais ma méthode. J'appris à mesurer les risques, à peser la vulnérabilité de la victime mais aussi celle du commanditaire. Il faut être sûr de ne pas être trahi par son client, dans ce métier. Et puis il faut être discret, prudent, fin psychologue et très déterminé.

Enfant d'une famille extrêmement privilégiée, j'allais dans une école fréquentée par les enfants de grands bourgeois qui avaient de l'argent plein les poches. Ils étaient aussi couverts de cadeaux, de vêtements coûteux et d'objets de prix. Dressés à la réussite et à la compétition depuis les premiers jours de leur vie, ils supportaient difficilement rivalités, mépris et blessures d'amour propre. Par ailleurs, les scrupules ne les étouffaient pas.

A chaque fois que l'honneur de l'un d'entre eux était égratigné, j'étais là. Moyennant une paire de bottes magnifiques, j'anéantissais l'ennemi de mon commanditaire sous le ridicule, juste prix d'une juste vengeance. Le juste prix, dans mon métier, est celui que le commanditaire considère comme normal de payer pour laver son honneur et pour se dédouaner de toute culpabilité. Comme chez le psy en quelque sorte.

Puis mes parents divorcèrent et je fus confiée à la garde de ma mère. Notre train de vie ayant été considérablement réduit, je fus inscrite dans un lycée public de banlieue, bouillon de culture ethnique et social. Je m'y constituais rapidement un réseau professionnel indispensable à ma future carrière : dealers, futurs avocats, gros bras, hackers ... Je m'adaptais très vite aux nouveaux rapports de force pour lesquels j'offrais une solution nette et sans bavure à un prix raisonnable.

Bien sûr, j'avais appris depuis longtemps à taire ma vocation et à répondre évasivement à la sempiternelle question : "mais que veux-tu faire plus tard ?" ; cela n'étonne personne, venant d'une adolescente. Mais il me fallait acquérir très vite des techniques indispensables : électronique, plomberie, informatique, afin de dépendre des autres le moins possible. Ce fut un jeu d'enfant, et trois DUT plus tard, je débutais enfin dans l'exercice de mon Art.

Oui, mon Art. Le vulgaire s'imagine que la cruauté et la vénalité motivent seules le choix de ma profession. C'est faux. Tout le plaisir réside dans la traque, l'observation précise et patiente de la cible, l'élaboration lente d'un impeccable plan d'action original. Mes premières exécutions furent un peu brouillonnes, mais rapidement j'acquis la réputation d'excellence qui ne m'a plus jamais quittée. Toutes mes prestations furent relatées dans la presse à la rubrique "accidents tragiques", sans l'ombre d'un doute.

J'ai toujours refusé d'éliminer les enfants, les animaux et les femmes. Je fis toutefois une exception pour les femmes : une blondasse aussi vulgaire qu'inutile, héritière d'un empire hôtelier. Ce fut facile étant donné son mode de vie : une petite overdose bien proprette. La difficulté fut de ne pas se faire remarquer par la meute de paparazzi qui suivaient en permanence l'insignifiante personne cependant célèbre, mais j’ai la chance d’être dotée d’un physique parfaitement anodin.

Afin que famille et voisins ne se posent pas trop de questions, j'ai pris une couverture idéale : étudiante à vie. Rentière-étudiante. Je croule sous les doctorats : sémantique, chinois, sociologie, histoire de l'art … Je passe pour une vieille fille excentrique, ce qui me laisse les coudées franches. Mes disparitions et réapparitions passent juste pour des lubies, et je raconte très volontiers mes nombreux voyages.

Mais ma brillante carrière, comme tant d'autres, connut un jour un fléchissement sérieux : qui ferait confiance à une tueuse de presque soixante ans ? Pas un septuagénaire, en tout cas. Il me fallut me rendre à l'évidence J'ETAIS TROP VIEILLE !

Le problème, ce n'est pas l'argent. J'en ai gagné plus que je ne pourrais jamais en dépenser, et je n'ai pas d'héritiers. Le problème, c'est l'Art. On ne peut pas s'arrêter. Comme Picasso, Molière, ... c'est un besoin, une nécessité vitale.

Aujourd'hui retirée dans une résidence hyper-sécurisée pour vieillards imposables sur la fortune, où l'on s'ennuie mortellement en attendant l'inéluctable fin tout en se berçant de l'illusion de l'éternelle jeunesse, j'exerce mon art bénévolement auprès de qui voudrait maîtriser les conditions de sa fin de vie. Mes voisins passant leur temps à décrire leurs douleurs, analyser leurs traitements et à comparer le Dr X et le Dr Y, il m'est facile de leur programmer une fin douce et indolore dès que la déchéance laisse apparaître ses vilaines dents jaunes.

J'ai d'ailleurs mis au point ma propre mort : je prends chaque jour des compléments alimentaires. L'une des gélules contient un poison mortel. Je les ai toutes mélangées. J'ignore donc quel est le flacon qui contient la gélule fatale, mais je sais qu'elle est là. Et pour la seule et dernière fois, je laisse un peu de hasard dans ce qui sera ma dernière exécution.

 


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Auteur

Quatrelle

03-09-2011

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Curriculum vitae appartient au recueil C'est la vie !

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Quatrelle.

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