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Ange - Nouvelle

Nouvelle "Ange" est une nouvelle mise en ligne par "A quai (Jeanne)"..

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Je vous livre cette histoire sans savoir encore si je développerai le récit de la vie de Rose et d'Ange. Jeanne

 

Ange

1ère partie

J’arrive à la fin de ma vie et je souris. Je souris à mes souvenirs et je les remercie d’être restés ancrés dans ma tête, de ne pas m’avoir abandonnée comme l’ont fait mes jambes qui ont fini par se dérober et ne plus vouloir me supporter.

Je soupire, faisant sortir l’air que mes poumons peuvent encore recycler. Je ne soupire pas de tristesse, je soupire de bien être. Je suis vieille, mais je suis comblée.
 
Je m’appelle Rose. J’ai 75 ans. J’ai les cheveux gris/blancs ou poivre et sel. C’est comme on veut. Je préfère dire qu’ils sont jour et nuit. Qu’ils représentent mes années ensoleillées et les autres, plus dramatiques de ma vie.

Je n’ai plus beaucoup de temps à vivre. Je le sens. Mais je ne suis pas triste.

Je regarde mes filles et leur famille et je sais tout l’amour qu’elles ont pour moi. Elles vont m’accompagner jusqu’à mon dernier souffle, sourire aux lèvres, parce que c’est ce que j’attends d’elles. Elles savent que je ne serai jamais loin.

J’habite dans une petite maison en Normandie, fenêtre face à la mer. La mer, cet élément que j’écoute chaque jour vivre au rythme des ressacs. Cette jolie demeure a été adaptée pour faire passer mon siège roulant.

Une jeune fille, toute douce et mignonnette s’occupe de mes jambes en espérant leur donner un peu de chaleurs. Mais elles restent insensibles. Je n’ai pas besoin de mes jambes pour m’évader. Il me suffit de regarder par ma fenêtre et je vole au-dessus de toute blessure. Ces blessures sont venues jalonner ma vie, mais que je les ai acceptées.

Justine ne comprend pas cela, mais elle est trop jeune. Alors elle frotte et frotte encore sur mes jambes en me racontant ses déboires avec son petit ami et les bêtises de son chat.  Souvent, elle me demande comment je peux être aussi sereine et bienveillante avec tout le monde. Alors je lui dis qu’il ne faut pas avoir peur de vieillir, car vieillir, c’est apprendre. Quant à la bienveillance, je l’ai toujours eu et je sais qu’elle en a aussi. Sinon, elle ne s’occuperait pas d’une vieille dame avec autant d’attention.

Mes filles essayent parfois de regarder au plus profond de mes yeux pour voir de l’autre côté. Alors je leur caresse la joue et je leur dis : « N’ayez pas peur. Tout ira bien pour moi comme pour vous ». Elles ne veulent pas que je ferme les yeux trop longtemps de peur qu’ils ne s’ouvrent plus. Mais si mes yeux sont fermés, mon cœur et mon âme restent éveillés. Il faut simplement me regarder autrement. « Comment peut-on te regarder autrement maman ? On voit une femme qui est restée belle, qui sourit et qui accepte ce que la vie lui apporte que ce soit bon ou mauvais. On n’a pas envie que tu partes comme on a perdu papa ». Alors je leur dis juste d’écouter leur cœur comme j’ai pu écouter le mien. De laisser l’amour y pénétrer et l’illuminer, comme j’ai pu le faire depuis tant d’années.

La semaine dernière, alors que je regardais l’horizon, bien au-delà de l’océan, Ines m’a dit « maman, tu es belle. Tu irradies de bonheur. On dirait que tu es amoureuse ». Je le suis. Je le suis depuis tant d’années ! J’ai donné rendez-vous à mon Ange. Dans quelques semaines, je le retrouverai. C’est pour cela que je suis heureuse.

                                                                              *   *

                                                                                 *

J’ai rencontré Ange dans le train qui me menait à Strasbourg. J’y allais régulièrement. Il y avait beaucoup de monde ce jour-là à la gare à cause d’un événement qui avait lieu à Paris. Je ne me souviens plus bien ce que c’était. Cela fait 50 ans maintenant et ma mémoire est un peu défaillante aujourd’hui.

J’essayais de me frayer un chemin pour rejoindre mon train qui allait bientôt partir et je l’ai bousculé. Il s’est retourné et m’a dit : « Vous allez où ? Avec cette cohue, je peux peut-être vous aider. » Il était beau. C’était un homme un peu plus âgé que moi, je lui donnais la quarantaine. « Je prends le train de Strasbourg mais j’ai bien peur de le louper cette fois-ci ! »
- Je prends le même. Je vais vous aider. Mettez ça sous votre manteau.
Il m’a donné son sac à dos que j’ai fourré sous mon manteau long. Il m’a fait un clin d’œil et a pris la main.
- Excusez-nous. Pardon. Ma femme est enceinte. Priorité aux femmes enceintes !
Il criait si fort que le monde nous laissait passer. Je mettais ma main sur les reins, mimant la douleur de la cambrure. Arrivés dans le train, nous nous sommes installés l’un à côté de l’autre. Il a rangé mon bagage en hauteur et je me suis assise.
- Je crois qu’il est temps que vous accouchiez. J’ai besoin de mon sac.
- Oh pardon ! Bien sûr.
- Je m’appelle Ange, enchanté. Vous êtes médecin ?
- Ah, vous dites ça par rapport à mon sac ? Non, je suis représentante en parfum et ce sont mes mignonnettes de démonstration qui sont dedans.
- Inutile de les sortir, je suis allergique aux fleurs.
- Je ne vous dirai pas mon prénom alors !
- Pourquoi, vous vous appelez Marguerite ?
- Non, je m’appelle Rose
- Je n’ai pas éternué, c’est bon signe ! On peut continuer le chemin ensemble
- Tant mieux. Je vous avoue que je n’avais pas envie de me farcir tous les wagons pour trouver une autre place.

Nous avons discuté tout le long du trajet. C’était une conversation agréable. Il était marié et avait 2 enfants adolescents à l’époque. Je l’étais aussi et j’avais deux filles. Notre discussion s’est essentiellement axée sur l’éducation des enfants et la lecture. Nous aimions tous les deux dévorer des livres et découvrir de nouveaux styles d’écriture.

Arrivés à Strasbourg, il m’a aidé à descendre les bagages et nous nous sommes quittés à la sortie de la gare.
- Et bien merci pour cet échange Rose. Je n’aime généralement pas les trajets en train. Je m’ennuie. Vous m’avez permis de passer un très joli moment.
- C’est moi qui vous remercie. Sans vous, je n’aurais pas été à l’heure pour mon rendez-vous à la maison mère !
- Au revoir

Nous nous sommes serrés la main, et à travers nos gants, par cet hiver glacial, j’ai senti la chaleur de sa main.

Il a fait quelques pas et s’est retourné. Je lui ai fait un signe et nous avons échangé un sourire.

Je montais à Strasbourg tous les 15 jours pour faire le point sur mes ventes, découvrir les nouveautés ou connaître mon minimum de vente à faire dans le mois. Je me suis dit que nous nous reverrions peut-être dans le train.

Je suis rentrée le soir même à la maison. J’ai embrassé mes deux princesses et Paul. Comme chaque fois, j’étais exténuée par cet aller-retour.
- Alors ma Chérie, quoi de neuf cette fois-ci ?
- Rien de particulier mon Paulo. Je dois vendre 10 flacons de parfum de plus ce mois-ci. Je vais devoir trouver de nouveaux clients !

Je n’ai pas parlé de ma rencontre dans le train avec Paul. Je crois que j’ai voulu garder ce moment agréable pour moi.

Pendant 2 mois, je suis partie à Strasbourg avec l’idée que je reverrai peut-être Ange et que nous passerions encore de longs moments à discuter, mais je ne l’ai pas revu. Je ne savais d’ailleurs pas s’il habitait à Paris et s’il prenait souvent ce train. Peut-être ne le reverrai-je jamais.

J’ai gardé le souvenir de cette rencontre pendant longtemps dans ma tête avant de l’oublier. Pourtant, de temps en temps, elle refaisait surface, par fragrance.

                                                                     *    *

                                                                         *


- Je vais courir. Tu t’occupes des Princesses mon Chéri ?
- Ok. Tu pars combien de temps ? Parce que j’ai demandé à Jean de passer pour regarder la voiture.
- Le temps de faire mon footing, étirement et regarder un peu l’océan, je suis là dans un peu moins de 2h.
- ça marche. Aère-toi bien mon amour.
- Merci. Tu sais que ça me fait du bien.

Je suis partie faire mon footing hebdomadaire le long de la plage. C’était l’automne. Les estivants étaient rentrés chez eux et il y avait peu de monde. Pourtant, il y avait encore un beau soleil mais les températures commençaient à chuter.

Après mes étirements, je me suis assise sur le sable et j’ai regardé la mer, comme je le fais tous les dimanches. Ça me ressource. Mon regard a été attiré par un peintre qui s’était installé sur le sable. Étrange de s’installer ici ! Je ne l’avais pas remarqué quand je suis partie tout à l’heure. Je ne sais pas pourquoi, j’avais envie de voir ce qu’il peignait. Je me suis approchée.

- Bonjour. C’est joli ce que vous faites.
- Merci. Ma peinture sèche trop vite. Je vais rester au stade de la couche première. Je ferai le reste à la maison.

Il s’est retourné et nous nous sommes reconnus de suite.

- Ange ? Je ne savais pas que vous peigniez !
- Bonjour Rose. Et moi, je ne savais pas que vous vous intéressiez à la peinture.
- Pourquoi ? J’ai pas une tête à m’intéresser à l’art ?
- Je dirais que là, vous avez plutôt la tête de quelqu’un qui a fait des efforts.
- Ah, oui, je viens de faire mon footing dominical.
- Vous habitez ici alors ?
- Oui, cette maison en haut de la falaise. Il faut que je rentre d’ailleurs. Sinon, je ne vais pas à être à l’heure.
- C’est votre habitude de manquer d’être à l’heure, non ?
- Il faut croire ! Ah ah
- J’habite dans le village d’à côté. Si vous voulez, on se prendra un verre ensemble un prochain dimanche. Je sais où vous trouver maintenant.
- Avec plaisir Ange. Je dois y aller. Au revoir.
- A bientôt Rose.

Je suis rentrée à la maison, le cœur battant. Mes jambes me portaient toutes seules. J’étais vraiment heureuse de l’avoir revu.

- Va vite prendre ta douche ma chérie. Jean va arriver et je lui ai proposé de rester manger avec nous ce midi.
- D’accord mon Paulo. Je me dépêche.

Nous nous étions revus. Je ne savais pas où allait mener notre rencontre, mais j’étais persuadée qu’Ange avait autant envie que moi que l’on se revoit.

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A quai (Jeanne)

26-05-2014

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Ange n'appartient à aucun recueil

 

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