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A travers vies - Nouvelle

Nouvelle "A travers vies " est une nouvelle mise en ligne par "mikan hiruma"..

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Comite Coup de ♥ CDL

A travers vies

 

                      Le sable s’élevait en un immense nuage , recouvrant la base militaire de milliers de petits grains bruns. Le temps était compté. La tempête de sable serait bientôt assez éloignée pour permettre aux avions de la repérer et ainsi de la détruire. Tous les soldats entassées dans l’abri, ainsi qu’eux, en étaient conscient et la tension était palpable. Elle serait sa main fort, car elle avait peur que cette fois elle ne puisse s’en sortir. Il ressentait la même angoisse qu’elle. Ce qu’il ignorait, c’est qu’elle était prête à tout pour qu’il puisse vivre, y compris sacrifier sa propre vie. Mais s’il avait sût, il aurait tout fait pour la sauver, elle, au lieu du contraire.

             Deux coups frappés sur les immenses portes du hangar qui servait d’abri en cas de tempête de sable. Le signal. Tous les soldats se levèrent , poussèrent les battants, et sortirent en courant dans tous les sens. Une cohue sans nom s’empara du camp, tandis qu’au loin le menaçant nuage de sable s’éloignait. Les bottes noires des soldats s’enfonçaient dans le sable. Ils connaissaient les ordres. Fuir vite , en emportant uniquement le nécessaire, c’est-à-dire les armes et les vivres.

             Ils étaient là, dans l’ombre du hangar rempli de véhicules en tous genres, étrangers à l’agitation. Ils connaissaient les risques qu’ils avaient pris en venant ici. Mais ils les avaient minimisés, se disant qu’une attaque alors qu’il n’y en avait pas eu depuis des années était peu probable.

                 Alors ils avaient réussi à s’infiltrer, non sans difficultés, afin de récolter le maximum d’informations, pour faire ensuite un documentaire ravageur, qui ils l’espéraient ouvriraient enfin les yeux du monde, ou le cas échéant, au moins faire réagir certains gouvernements.

                Que d’embuches avaient été semées sur leur chemin depuis leur rencontre et la décision de leur collaboration, lui en tant qu’interprète, avec l’avantage de bien connaitre le pays et ayant de bon réseau d’informateurs, et elle en tant que caméraman, qui avait l’expérience du terrain et n’était pas effrayée par le danger qu’elle pourrait encourir.

                  Bien sûr, ils avaient essayé de lutter contre leur amour, mais cela avait été plus fort qu’eux. Une nuit, par commodité, ils avaient décidés de partager la même chambre. Ils auraient dû se douter de ce qui arriverait. Mais peut-être aussi l'avaient t-ils fait volontairement, tout en sachant ce qui se passerait. Ainsi, tandis qu'elle triait les prises de vues de la journées dans cette chambre étouffante, et qu'il travaillait sur la traduction d’un document qui incriminait une entreprise , il l’avait interpellée car il trouvait que quelque chose clochait dans un rapport de compte. Elle s’était approchée doucement , et s’était penchée par-dessus son épaule pour voir ce qui n’allait pas. Ses long cheveux étaient venus caresser son cou, et il avait senti son parfum unique qu’il aimait tant. Son visage à quelques centimètres, ses lèvres si attrayantes…

« Non il ne faut pas… Ce n’est pas raisonnable. Non, ce n’est pas bien … ».

 Mais qu’est ce qui lui interdisait cet amour au juste ? Rien d’insurmontable. Et quand était ce la dernière fois qu’il s’était montré raisonnable ? Il ne s’en souvenais même plus. Alors il avait posé sa main sur les doigts qui parcouraient les chiffres et les notes sur les côtés, son autre main remontant le visage de la reporter. Il s’arrêta quand il senti les bords de son oreille, et enfui son visage dans ses cheveux et son cou, s’enivrant de son odeur. Elle semblait avoir arrêté de respirer. Puis à son tour, elle avait prit les doigt de son traducteur et collaborateur, suivi son poignet, et son avant bras avant d’arriver au visage. Puis, yeux dans les yeux, se droguant l’un de l’autre, ils avaient mêlé leurs lèvres, leurs corps. Le temps leur parut ralenti, déformé, presque arrêté.  

                       Et voilà qu’il se trouvaient maintenant dans le désert, après que leur obstination à traquer les trafiquants d’armes leur ai permis de mettre au jour quelque chose de plus gros, beaucoup plus gros.

« Je dois aller chercher des preuves c’est le moment idéal, personne ne fera attention à moi. Je te rejoins bientôt, essaye de trouver comment partir d’ici. 

-Non reste avec moi... »

          Il sentit ses doigt s’échapper de sa main, et vit la silhouette qu’il aimait s’éloigner de lui. Pourquoi faire cela maintenant ? C’était pure folie. Il sourit. Rien n’était trop fou pour qu’elle ne le fasse. Néanmoins ses pensées s’assombrirent. Il fallait s’enfuir le plus rapidement possible. Mais il n’avait aucune idée de comment.

 

               Elle revint vers lui en courant , se jambes s’enfonçant dans le sable. Elle pointa avec insistance quelque chose derrière. Il se retourna et vit le dernier camion plein à craquer de soldats. Il attendit qu’elle soit suffisamment près, lui empoigna la main, et se mit à courir à son tour, l’emportant dans sa course . Le camion bâché était prêt à partir. Des soldats braillaient qu’il fallait partir, et tous deux virent qu’il ne restait qu’une place, et encore ,une place qu’une sardine ne leur aurait pas enviée. Avant qu’il ne comprenne ce qui lui arrive, il fut solidement hissé dans le camion par deux costaud gaillard qui ne lui laissèrent pas le temps de réagir et le calèrent entre eux deux, de sorte qu’il ne pouvait bouger. Il remarqua dans la main d’un des soldats une liasse de billet vert. Et il compris. Elle lui avait acheté son ticket de sortie. Elle venait de lui sauver la vie. Un des officier mit le contact, et le moteur démarra. Elle tenait une cassette noire dans la main. Elle la tendit à son traducteur et lui dit : 

«  Je veux que tu vives. Pour que tu puisse montrer ceci. Tu y arrivera mieux que moi. Achève notre documentaire, et diffuse le partout.  »

Il se débattait comme un diable pour se dégager de l’étreinte des deux soldats. Cependant, il se calma lorsqu’elle lui parla. Et finit par se résigner. Son cœur se serra alors que le camion s’éloignait de la femme qu’il aimait ,et qui venait de donner sa vie pour lui , ainsi que pour la vidéo qu’il avaient commencé. Il remarqua qu’elle articulait une phrase .« Je t’aime ». Une larme roula sur sa joue abimée par le soleil du désert. Il vit qu’elle avait aussi quelque chose de brillant qui perlait au coin des yeux.

               L’avion passa au dessus d’eux à basse altitude, soulevant des gerbes de sables. Les soldats retenaient leur respiration. Rien ne leur tomba dessus, ils étaient tirés d’affaire, pour l’instant. Le camion continua sa route, secoué de cahots régulier.

               Elle l’entendit d’abord, puis elle le vit, décoré des couleurs atypiques de son pays natal. Elle leva la tête, regarda la masse noire que l’avion avait lâché sans s’arrêter. La bombe piqua du nez, vers eux, elle , et tous les soldats qui n’avaient pu s’échapper. La base militaire disparut emportée dans le souffle de l’explosion, elle était rayée de la carte, si elle y avait toutefois jamais apparut.             

                                                                                          

Le bruit  de l’explosion parvint à ses oreilles . Il prit sa tête entre ses mains, désespéré. Il l’avait perdue. Il ne la reverrait plus.

            

                     Les mains tremblantes il mit la petite cassette dans le lecteur. C’était la seule chose qu’il lui restait d’elle. Cette cassette et des souvenirs impérissables. Il vit alors à l’écran un visage familier qui se mit à lui parler.

« J’imagine ta surprise en me voyant. Tu ne pensais pas à cela non ? »

Elle marqua une pause. Elle souriait.

Puis elle reprit :

« Non tu ne devais pas t’y attendre. J’ai peu de temps, pardonne moi la piètre qualité de la video. Je dois te dire qu’il n’y a rien sur cette cassette concernant notre documentaire. Je n’ai pas pu réunir de preuves, ni quoi que ce soit. Si je m’apprête à faire ce que je vais faire, c’est par ce que je t’aime. Je sais que tu m’en voudras. Mais jamais je n’aurais pu vivre sans toi. Je t’en prie, ne ressasse pas trop cela et va de l’avant. Finis le documentaire. Tu en es capable, plus que quiconque. Tu dois continuer à vivre, même sans moi. Je… Je t’aime. »

Son visage était envahit de larmes quand elle prononça les derniers mots. Puis elle sortit du champs de la caméra, et il reconnut les bâtiments de la base militaire où elle était morte à travers la fenêtre du bureau où elle avait filmé cette vidéo. Et l’écran redevint noir. Elle avait utilisé cette cassette afin qu’il accepte de la laisser. Il regrettait. Il restait sûrement une place, même toute petite, il y avait peut-être d’autres solutions. Oui, il en était convaincu, il y avait eu d’autres possibilités, il ne les avait juste pas trouvées à temps. Plus rien n’avait de sens sans elle.

 

                                                                                    ∞       ∞

De nombreuses années plus tard

 

           Le canot de sauvetage était remué par les vagues. Tous les membres de l’équipage était à l’intérieur. L’échelle en bois tapait sur les parois métalliques du bateau. Ils allait bientôt partir, et la bombe exploserait, détruisant le bateau, et l’unique occupant qui restait. Pas le capitaine, non. Une scientifique qui allait payer le prix de sa découverte et de ses travaux. Cette chercheuse, il la connaissait bien. Il avait appris à la connaître, et il l’aimait, comme s’il l’avait toujours aimée.

         Il se souviendrait toujours de la première fois qu’il l’avait vue. Un peu confuse, elle s’était adressée à lui :

« Je suis vraiment désolée de vous embêter avec cela, mais je suis végétarienne, je ne mange pas de viande… Serait –il possible de … ?

-Ah heu … Oui, pas de problème. Je m’excuse par contre, je n’ai que du riz à vous proposer.

-C’est parfait, merci beaucoup ! »

Elle l’avait remercié avec le plus beaux des sourires. Elle était restée la dernière dans le réfectoire, elle lisait tranquillement tout en mangeant. Il s’était alors approché d’elle, qui, surprise, releva la tête de son livre.

«  Je vous ai amené une pomme, avait t-il dit. J’ai pensé que peut-être, vous auriez encore faim.

-Merci , c’est très gentil.

-De quoi est ce que ça parle ?

-Oh ça ? »

Elle avait pointé son livre en croquant dans la pomme qu’il lui avait ramené.

« Ce sont des traités de chimie. Je vous épargne les détails, qui doivent être assez ennuyeux pour les néophytes. »

Puis ils se fixèrent pendant un long moment. Elle ouvrit enfin la bouche pour demander :

« Comment… Comment est ce qu’on finit par arriver sur un bateau comme celui-là en tant que chef cuisinier ?

-Par les aléas de la vie. J’ai toujours aimé la cuisine. Seulement, mes parents ne pouvaient pas me payer une bonne école, ou même ou école tout cours, et je n’avait pas assez de talent pour y arriver autrement. Je suis passé de petits boulots en petits boulots, pour finalement me retrouver ici. Mais vous, vous avez l’air d’être une fille bien, pourquoi travailler avec des crapules comme eux ? »

Il avait sentit que sa question l’avait embarrassée.

« Des mauvaises rencontres, des erreurs que j’ai faites, une mauvaise décision… Les aléas de la vie. »

Son regard s’était voilée de tristesse et son visage s’était fermée dans une expression mélancolique.

Elle se reprit , et tout tristesse disparut.

«  Vous aimez la cuisine n’est ce pas ? Alors vous réussirez. Même si , comme vous dites , vous n’avez pas le talent. Vous pouvez compenser en travaillant deux fois plus. Une fois sur terre, je vous paierez vos écoles. Et vous réussirez, je serais là pour vous motiver ! J’en suis convaincue. »

Il n’avait sût quoi lui répondre, abasourdis par sa proposition.

 

             Par la suite, ils se retrouvèrent souvent, pour discuter de tout et de rien. Il lui préparait des assiettes spéciales, végétariennes. Ils s’étaient rapprochés de plus en plus, à tel point qu’elle avait fini par manger avec lui dans la cuisine. Puis un jour, le plus naturellement du monde, ils s’étaient embrassés.

Une fois, alors qu’ils jouaient aux cartes sur une des tables des réfectoire, elle lui avait dit :

« C’est étrange, comme j’ai l’impression de t’avoir toujours aimé. Je ne me l’explique pas… Et cela trouble la scientifique que je suis. »

Il n’avait rien répondu, car il avait lui aussi la même sensation.

           Les jours passèrent , le bateau avançait sur les flots, de même que les travaux de la chercheuse. Elle finit par lui révéler ce sur quoi elle travaillait, tout en restant assez vague. Elle menait des expériences pour mettre au point une nouvelle arme chimique surpuissante, un projet classé top secret. Elle s’en voulait énormément, mais elle savait que si ce n’était pas elle, ce serait un autre qui le ferait.

           Deux semaines s’écoulèrent encore. Puis vint ce jour. La sirène d’alarme sonna en début d’après midi. Surpris, l’équipage se regroupa sur le pont. La scientifique se tenait un peu en retrait. Le capitaine prit la parole :

« Des bombes ont étés placées par mes soins un peu partout dans le bateau. Nous allons l’évacuer. »

La capitaine montra à ses hommes un cahier, qu’il reconnut comme celui que le chercheuse avait tout le temps avec elle.

« Nos employeurs ont obtenus ce qu’ils voulaient. Nous devons détruire cet endroit, et tuer la scientifique qui en sait maintenant trop. »

Horrifié, il recula de quelques pas,bousculant au passage quelques marins.

« Eh, toi, là ,le cuistot, quelque chose à redire  ? Non, eh ben tout le monde aux canots de sauvetage ! On évacue les lieux ! Exécution ! La mer ou l’explosion se chargeront de la scientifique. »

La chercheuse s’était avancée vers lui, et l’avait forcé à monter dans le canot, soudoyant même des marins pour le porter à l’intérieur. Elle lui avait donné une clé usb avant que le canot s’en aille, en lui disant que toutes les preuves était là et qu’il devait absolument empêcher que cette arme ne soit construite en masse.

          Et voilà qu’il voyait maintenant le visage en larmes de sa bien aimée s’éloigner tandis que le canot glissait sur l’eau, poussé par les puissants coups de rames des marins. Une impression de déjà- vu l’envahit, comme s’il avait déjà vécu cette scène auparavant. Dans une autre vie. Non se dit-il. Non, pas cette fois. Je ne veux pas la perdre. Je ne veux pas vivre sans elle. Je l’aime trop. Il se laissa tomber en arrière, assez profond pour ne pas être frappé par les rames, et remonta à la surface. Il commença à nager, et rejoignit rapidement l’échelle en bois. Il s’agrippa à un des échelons et se hissa à bord. Le chercheuse se tenait devant lui, ébahie de le voir revenir. Il dégoulinait d’eau et les gouttes tombaient sur le pont, formant des petites tâches sombres.

« Mais qu’est ce tu fais ? Va t-en, vite, tu peux encore t’en sortir ! Saute par-dessus, nage, nage, éloigne toi d’ici ! »

Il la serra dans ses bras.

« Pas question de t’abandonner encore » murmura t-il.

Elle ferma les yeux et se blottit contre lui.

 

     Ils entendirent une assourdissante détonation et le souffle de l’explosion se répandit dans tout le bateau. Une deuxième et une troisième bombe explosèrent, pulvérisant la coque.

 

       Seul brulaient toujours sur l’eau quelques bout éparses de la parois. Des flammes sur la mer, dévorant ce qui reste du navire.

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Auteur

mikan hiruma

26-07-2013

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